L’heure des loirs

© Jean Chevalier

Il fait nuit noire. Une silhouette se découpe dans les branches. Elle se déplace furtivement, puis s’arrête, aux aguets. Une autre la rejoint, et passe son chemin.

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Je me souviens comme si c’était hier de cette nuit magnifique. C’était dans le Doubs, il y a sept ans. Le contexte peut-être : une balade romantique au clair de lune. Le décor sans doute : une forteresse en ruine coincée entre forêt et précipice, loin des hommes et de leurs habitations.
Mais nous n’étions pas seuls. Dans les sorbiers penchés contre le château, des créatures faisaient un potin du diable.
Certaines se gavaient bruyamment de sorbes mûres à point. D’autres se poursuivaient dans les branches en poussant cris stridents ou couinements plaintifs. D’autres encore, plus sages ou plus inquiètes, les yeux brillants sous le feu de nos lampes, nous observaient par les fissures et les meurtrières des murailles.

L'heure des loirs - La Salamandre

© Jean Chevalier

Hêtres et chênes

Telle fut ma première rencontre avec les loirs. Depuis, il y en a eu d’autres. Parfois de plus près. Souvent de plus loin. Tantôt derrière un volet. Tantôt au fond d’un grenier. Mais toujours à quelques sauts de puce des arbres et de la forêt, car c’est là le domaine du loir et de ses congénères. Et pas n’importe quelle forêt : l’animal évite les résineux. Il préfère les hêtres et les chênes, généreux en fruits avant l’hiver.
Douillet, il n’apprécie pas non plus le froid et la pluie : on ne rencontre guère le petit rongeur au-delà de 1’500 m d’altitude, et quasi jamais dans le Nord et l’Ouest de la France. Il est encore présent dans le Sud de la Belgique et a été introduit en Angleterre.

L'heure des loirs - La Salamandre

Sa queue enbalancier n’est pas le seul atout du loir. Les coussinets du dessous de ses pattes sécrètent une substance collante qui lui permet de bien adhérer aux branches. / © Jean Chevalier

Argenté

Comme l’écureuil, le loir est doué d’une agilité déconcertante pour évoluer dans les arbres. Il court et saute de branche en branche à toute allure, en s’aidant de sa queue touffue pour garder l’équilibre. Mais la comparaison s’arrête là. Le loir possède un pelage d’une extrême douceur, gris argenté, à peine plus sombre sur les flancs et plus clair sur le ventre. Ses oreilles sont petites et rondes. Et ses immenses yeux noirs, délicatement cernés, sont parfaitement adaptés à la vie nocturne.

Arboricole par excellence, le loir est un animal lié aux lisières forestières. Il lui arrive aussi d‘adopter parcs, vergers ou bocages si l’offre en nourriture et en logement y est suffisante.

Quel bavard !

A priori, le loir a tout pour se fondre dans l’obscurité et passer inaperçu. Tout, sauf la langue, qu’il a bien pendue ! Pas de doute, c’est un bavard qui trahit sa présence. Il crie ou il couine, il gronde ou il siffle, il gazouille ou il tousse. Ce rongeur possède tout un vocabulaire indispensable à la vie en communauté. Il l’utilise pour éloigner les intrus, défendre son repas ou son sommeil, pour draguer ou apprendre les bonnes manières à ses rejetons. Certains disent même de lui qu’il ne se tait que lorsqu’il mange…

L'heure des loirs - La Salamandre

© Karl Weber

Mères solidaires

Le loir vit rarement seul. Il évolue en petits groupes familiaux sur un domaine forestier de 3 à 4 hectares. Les mâles en âge de se reproduire sont les plus solitaires : de mai à juillet, ils se déplacent beaucoup en quête de partenaires féminines. Les futures mères se construisent un nid dans les branches ou au fond d’une cavité.
Il n’est pas rare que deux femelles, généralement proches parentes, fassent litière commune et se partagent la garde des jeunes. Lorsque l’une part se nourrir, l’autre assure le baby-sitting, ce qui pourrait diminuer le risque d’une visite indésirable. Des chercheurs italiens ont observé que cet arrangement pouvait être avantageux pour une fille qui s’installe avec sa mère : n’ayant pas à construire de nid, elle met bas en général plus tôt dans la saison que les mères solitaires. Par conséquent, ses jeunes disposent de plus de temps pour accumuler des réserves de graisse avant l’hiver.

Découvrez la suite de notre dossier Les rongeurs perchés.

Couverture de La Salamandre n°169

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 169
Août - Septembre 2005
Article N° complet

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