Le prince de piques

L'univers sensoriel du hérisson est dominé par sa perception des sons, des ofeurs et des vibrations du sol. / © Cyril Ruoso/Bios/Sutter

Plaquez-vous au sol, ouvrez grand les oreilles et humez à plein nez l’air frais du soir. Vous voici hérisson.

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Dans la peau du hérisson, en image :

1) Au sol

Jamais très loin de l’homme, le hérisson fréquente les jardins, s’aventure dans les villages et parfois même dans les parcs urbains. Pourtant, malgré cette proximité, il vit dans un univers qui nous est totalement étranger. Son espace se déploie à hauteur d’herbes, au ras du sol. Son temps est fait d’interminables sommeils et de brèves déambulations. Ses sens enfin perçoivent proies, menaces et congénères d’une façon difficile à imaginer pour les êtres avant tout visuels que nous sommes.

2) Le flou

Pat Morris, le grand spécialiste anglais des hérissons, a suivi grâce à des émetteurs les faits et gestes de centaines de ces mammifères à piquants. Le numéro 28, par exemple, bouclait sans problème son parcours nocturne, traversant terrain de golf et jardins pour retrouver à l’aube l’un de ses nids. Et pourtant, cet individu était aveugle !

Si la vue - cette histoire le prouve - n’est pas le sens principal chez les hérissons, leurs petits yeux noirs sont tout de même capables de détecter l’approche d’une silhouette. Par contre, le monde des hérissons est complètement flou: les détails leur échappent de même que les nuances des couleurs.

3) La nuit

Ayant dormi toute la journée au creux d’un nid d’herbes et de feuilles, le hérisson se réveille le soir avec une solide fringale. Après deux ou trois heures de chasse en début de nuit, il s’offre généralement une longue sieste dans l’un des refuges aménagés sur son domaine. Puis les prospections reprennent jusqu’à l’aube. Sur vingt-quatre heures, ces deux tournées nocturnes représentent en tout et pour tout six heures d’activité pour dix-huit heures de sommeil. Excusez du peu !

A moins qu’il ne soit malade, affamé ou dérangé, le hérisson vit donc de nuit. Pour éviter l’homme comme le chevreuil ou le renard? Non, tout simplement parce que, quand on aime croquer larves et limaçons juteux, c’est de nuit que la table est mise.

4) Sons et senteurs

L’univers sensoriel du hérisson est dominé par l’ouïe et surtout par l’odorat. Le centre de l’olfaction est particulièrement développé dans son cerveau. Ce pisteur nocturne promène sans cesse son museau ultrasensible de droite et de gauche, dresse sa truffe au vent ou la plaque contre le sol.

C’est à l’odeur qu’il repère ses proies, même à travers trois centimètres de terre. C’est également en reniflant qu’il perçoit la présence d’un danger ou qu’il reconnaît à distance ses congénères, partenaires ou concurrents. Concrètement, lors d’une expérience, une femelle en rut placée dans une cage a attiré en trois nuits cinq mâles, infailliblement aimantés par son odeur comme des papillons nocturnes.

Comment les animaux voient le monde ? Réponse ici.

Retrouvez tous les articles du dossier hérisson : 700’000 paillassons et nous !

Couverture de La Salamandre n°180

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 180
Juin - Juillet 2007
Article N° complet

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