La guerre des diptères

La mouche tsé-tsé, un diptère en conflit avec le monde. / © Kim Taylor / NPL

Un conflit mondial fait rage contre certaines mouches. Entre victoires et défaites, dernières nouvelles du front.

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Au fur et à mesure de son installation sur toute la planète, l'homme rencontre des mouches qui posent problème. Certaines s'attaquent à ses cultures, les plus redoutées l'infectent lui ou son bétail avec des maladies parfois terribles. Au Moyen Age, on intente des procès coûteux à ces insectes redoutés et on les excommunie à grand renfort d'eau bénite.

Puis la force mécanique de la révolution industrielle permet de drainer les marais dans toute l'Europe. On lutte particulièrement contre les moustiques. Certaines maladies comme la malaria disparaissent du continent, puis voici les premiers insecticides. Enfin ! La chimie viendra-t-elle à bout de la fièvre jaune, de la cécité des rivières, de la maladie du sommeil ou d'autres maladies du pauvre contre lesquelles les grands groupes pharmaceutiques ne parviennent pas à développer de prévention efficace ?

Hélas, à force d'empoisonner la nature, on détruit tous les insectes utiles et on menace la santé humaine. En outre, les mouches et les moustiques combattus développent de plus en plus de résistance aux poisons synthétiques. Heureusement, cette artillerie lourde fait progressivement place à des méthodes de lutte beaucoup plus ciblées mais aussi plus efficaces. Suivant les cas, il peut s'agir de lâchage de mâles stérilisés, de pièges attractifs pour femelles en chaleur, de bactéries explosives pour bébés mouches ou encore de nématodes tueurs. Sur certains fronts, les résultats sont réjouissants mais les mouches résistent. Certaines d'entre elles, c'est sûr, nous mèneront encore longtemps la vie dure.

La guerre des diptères - La Salamandre

La lucilie bouchère, Cochliomyia hominivorax / © Judy Gallagher

La dévoreuse d'hommes

La lucilie bouchère est une mouche redoutée d'Amérique centrale dont les asticots voraces peuvent dévorer à petit feu du bétail vivant. Elle infestait autrefois la brûlure faite au fer rouge aux esclaves ou aux bagnards. Par chance, la femelle ne peut s'accoupler qu'une seule fois.

Des centaines de millions de mâles stérilisés par radioactivité ont été systématiquement largués par avion au Guatemala, au Salvador ou au Honduras jusqu'à l'éradication de la bête. Son introduction accidentelle en Libye en 1988 a heureusement été combattue efficacement par la même méthode avant qu'elle ne puisse infester toute l'Afrique.

L'anophèle résistant

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Le moustique anophèle / © Daniel Heuclin/Biosphoto

Le paludisme est la parasitose qui touche le plus grand nombre de personnes sur Terre, plus de 200 millions de malades pour 627'000 décès en 2012, à 80 % en Afrique subsaharienne. Le protozoaire responsable de cette maladie provoque l'explosion des globules rouges. Il se transmet à l'homme via une simple gouttelette de salive d'un moustique anophèle durant une piqûre nocturne.

Hélas, ces moustiques sont de plus en plus souvent résistants aux insecticides, tout comme le protozoaire aux médicaments utilisés contre lui. Espérons que le récent séquençage du génome de cet agent infectieux aboutisse à de nouveaux moyens de lutte.

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La mouche suzuki, Drosophila suzukii / © Prof. Dr. Marc F. Schetelig

La japonaise qui pourrit

Contrairement à la plupart des drosophiles qui pondent leurs œufs dans des fruits pourris, la mouche suzuki ou moucheron japonais s'attaque à des raisins, des cerises ou des abricots en cours de maturation. Elle perce l'épiderme pour y pondre ses œufs, ce qui ouvre la voie aux pathogènes.

Découverte en 1916 au Japon, cette petite mouche aux yeux rouges et aux ailes décorées d'une tache noire aura bientôt fait le tour du monde. Arrivée en Europe en 2009, elle fait déjà partie du paysage. Piste actuellement étudiée pour limiter les dégâts sans insecticides ? Des répulsifs dans les cultures et des pièges attractifs tout autour.

La robuste endormeuse

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La mouche tsé-tsé, Glossina sp. / © Kim Taylor / NPL

La mouche tsé-tsé est un diptère extrêmement évolué. Elle peut voler à 60 km/h. La femelle ne pond pas d'œufs mais accouche d'une larve en fin de développement tous les dix jours environ. Et surtout, cas unique chez les diptères, les deux sexes sont hématophages, piquent, aspirent et transmettent via leur salive un protozoaire responsable de la terrible maladie du sommeil.

Sur l'archipel de Zanzibar, on est parvenu à se débarrasser de cette mouche et donc de la maladie en lâchant pendant quatre ans un très grand nombre de mâles stérilisés de manière artificielle.

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Le moustique tigre, Aedes albopictus ou Stegomyia albopicta / © Fotolia

L'envahisseur tigré

Originaire d'Asie du Sud-Est, le moustique-tigre s'est répandu dans le monde entier grâce à la multiplication des échanges intercontinentaux. Sa piqûre est bénigne mais peut transmettre le chikungunya, la dengue ou le virus zika… à condition qu'il ait précédemment piqué une autre personne malade. La présence du moustique ne suffit donc pas à provoquer une épidémie.

En revanche, toutes les tentatives pour stopper sa conquête ont échoué, si bien qu'en France, il est désormais implanté dans plus de 30 départements. En Suisse, après son installation au Tessin, les observations se multiplient au nord des Alpes, le long des grands axes routiers.

Pour en savoir plus sur le moustique, relisez notre dossier complet Moustique, ennemi public ?

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la mouche : Pourquoi la mouche ?

Couverture de La Salamandre n°241

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 241
Août - Septembre 2017
Article N° complet

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