La maîtresse des clapas

Chevêche adulte tournant la tête vers l'affût du photographe au moment de transmettre une proie à son jeune. / © Christian Fosserat

Petite chouette campagnarde, la chevêche d'Athéna chasse parfois en plein jour pour ravitailler ses jeunes. Christian Fosserat l'attendait à l'affût…

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Depuis plus de 20 ans, je me passionne pour les rapaces nocturnes. Après mon premier coup de foudre pour le hibou grand-duc, je me suis beaucoup intéressé à la chevêche d'Athéna. Cette chouette aux yeux d'or pèse à peine 150 grammes et affectionne les milieux ouverts, avec une préférence pour les bocages. Elle est devenue très rare en Suisse, mais quelques couples sont encore présents dans le bassin genevois où je suis les nidifications chaque printemps.

Après des premiers repérages au mois de mai, je retourne dans ces terres oubliées en juillet.

Désireux de réaliser des clichés des nourrissages mais voulant éviter tout dérangement sur cette petite population menacée, j'ai décidé de compléter mon travail photographique au nord de l'Espagne. Là-bas, l'espèce est plus diurne que sous nos latitudes, un avantage considérable pour la prise de vue. Dans la région de l'Aragon, qui ressemble beaucoup au plateau calcaire du causse Méjean en Lozère, le prédateur est répandu. Il niche dans les clapas, ces amoncellements de pierres entassées par les paysans.
Après des premiers repérages au mois de mai, je retourne dans ces terres oubliées en juillet. Un soleil brûlant jaunit la plaine aride pâturée par des moutons. Dans l'après-midi, le thermomètre indique jusqu'à 35°C…

Un peu bouleversé par cette scène, je disparais dans mon affût.

Les jours se succèdent avec des crépuscules et des aubes inoubliables. Armé de toute ma patience, je me poste à l'affût entre les tas de pierres chaque jour entre 6h et 10h du matin et pendant quatre heures jusqu'à la nuit.
Incrédule, j'observe un matin un busard des roseaux qui capture une jeune chevêche sous les yeux de ses trois frères ! Un peu bouleversé par cette scène, je disparais dans mon affût. Les trois poussins restants auront désormais un concurrent de moins contre lequel lutter pour la nourriture amenée par les parents. Certains individus sont très farouches et n’acceptent pas ma présence. Heureusement, un couple particulièrement tolérant me permet de travailler le sujet tant convoité. Toujours bien camouflé, je localise une grosse pierre pointue qui sert de rendez-vous de nourrissage. Les adultes y apportent les proies et les trois jeunes les attendent affamés. Comme les parents arrivent toujours d’une direction différente selon les hasards de leurs chasses, il est quasiment impossible de prévoir leur approche. Les ratés s'accumulent dans mon boîtier.

De retour de chasse, la mère offre une grosse sauterelle à son fils avec une douceur inattendue pour un prédateur.

Aujourd'hui enfin, lors du huitième nourrissage de la journée, le transfert de la proie a lieu exactement à l'endroit voulu. Heureusement pour moi, c'est souvent le même jeune qui mange. Les autres sont sûrement occupés à digérer ou à s'amuser dans les clapas… Mon sujet reste longuement perché sur son caillou et attend la becquée en étirant de temps en temps ses courtes ailes.
La troisième fois qu'il est servi, je saisis cette scène intime baignée par un soleil encore assez bas. De retour de chasse, la mère offre une grosse sauterelle à son fils avec une douceur inattendue pour un prédateur.
Peu à peu, la lumière durcit et les turbulences de l'air empêchent la poursuite des prises de vue. Comme les chouettes, je vais maintenant aller me reposer...

Propos recueillis par Alessandro Staehli

Goûts de prédateur

La chevêche a un régime alimentaire incroyablement varié. Des études ont montré qu'elle peut chasser plus de 25 espèces de micromammifères et plus de 60 oiseaux différents… avec une préférence pour les proies terrestres de petite taille. Son menu varie selon le milieu et la saison. En Europe centrale, elle capture surtout des campagnols des champs. En période de reproduction et par temps humide, les lombrics constituent près du 85% de la nourriture des jeunes. Dans la région méditerranéenne et dans le nord de l'Espagne, elle mange plus de gros insectes, coléoptères ou sauterelles, et de reptiles. De ce fait, elle est plus souvent active de jour.

Christian Fosserat

photographe naturaliste christianfosserat.ch

  • 1964 Naissance en Valais.
  • 1983 Termine un CFC de charpentier.
  • 1985 Commence la photo naturaliste.
  • 2002 Se met à la vidéo.
  • 2005 Publie son premier livre : Les quatre saisons de la chevêche.
  • 2014 Publie Hiboux & Chouettes avec La Salamandre.

Poursuivez votre lecture avec le livre Hiboux & chouettes, dans lequel le photographe naturaliste Christian Fosserat raconte sa rencontre avec ls neuf espèces de rapaces nocturnes visibles chez nous.

Couverture de La Salamandre n°222

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 222
Juin - Juillet 2014
Article N° complet

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