Le grillon joue sur stradivarius

« Mâle chanteur dans l'élevage - La Roche de Saint-Mars. Chantonnay - 22 mai 2012 » / © Benoît Perrotin

On dirait presque que le grillon joue sa partition pour le plaisir. Gros plan sur l'instrument.

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Le grillon champêtre a repris son poste sur le petit terre-plein. Voici comment l'entomologiste du XIXe siècle Jean-Henri Fabre décrit la chose: « C'est au seuil du logis dans les allégresses du soleil, jamais à l'intérieur, que chante le grillon. Les élytres, relevés en double plan incliné et ne se recouvrant alors qu'en partie, stridulent leur cri-cri avec des douceurs de tremolo. C'est plein, sonore, bien cadencé et de durée indéfinie. » Chez les grillons, seul le mâle dispose de la râpe dentée et du grattoir musical. Il chante en frottant l'un contre l'autre ses élytres relevés au-dessus du dos à environ 90 degrés. Pourquoi Monsieur chante-t-il ? Pas pour nous très certainement. Probablement pas pour lui non plus. Le gri-gri-gri-gri en quatre syllabes résonne à la fois comme un avertissement... et comme une sérénade. La propriété privée du grillon n'est pas immense, elle s'étend sur une quinzaine de centimètres d'herbes et de feuilles tout autour de son terrier, mais il la défend vigoureusement contre tout autre mâle. Les combats peuvent être sauvages. Evidemment, si c'est une femelle qui se pointe, la réaction sera très différente.

Il y a plus de 130 ans, Jean-Henri Fabre s'étonne déjà qu'il n'y ait que des grillons gauchers. C'est invariablement le bord de l'élytre gauche qui frotte les dents situées sous l'élytre droit. Comme les deux pans de cet appareil musical paraissent rigoureusement symétriques, on pourrait imaginer que certains individus fassent l'inverse. Alors, au moyen d'une pince, l'observateur provençal tente d'intervertir délicatement les deux pièces sur un cobaye vivant. Mais l'insecte incommodé ramène toujours l'élytre gauche sous le droit.

Fabre guette alors le moment précis de la métamorphose pour opérer la même manipulation sur des insectes parfaits encore tout mous. Etrangement, au bout de trois jours de suspense et au prix d'un violent effort, le grillon adulte remet invariablement ses instruments à l'endroit. Plus d'un siècle plus tard, on ignore toujours pourquoi.

Couverture de La Salamandre n°216

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 216
Juin - Juillet 2013
Article N° complet

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