Pluies de grenouilles

Rainette verte ou arboricole, un amphibien pionnier qui peut pondre dans des zones humides temporaires. / © Jean-Philippe Paul

Le ciel a déversé des pluies records au premier semestre 2016. Un enfer pour certains, le paradis pour les grenouilles et les habitants des flaques. Regard de deux spécialistes de part et d'autre du Jura frontière.

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Pendant des mois, l'eau est tombée du ciel comme une douche sans fin. Rivières en crues, champs inondés jusqu'au début de la période des moissons... un déluge parfois dévastateur qui assure cependant la survie de certains amphibiens.

Du jamais vu dans l'Est de la France !

Dans la région de Besançon, avec plus d'un mètre d'eau, le quota d'une année normale a été atteint en 6 mois seulement et c'est un record historique qui place la capitale comtoise en tête des villes les plus arrosées cette année. Cyrielle Bannwarth, chargée de mission à la LPO Franche-Comté ne cache pas que cette grisaille humide a été un cadeau du ciel pour ces protégés.

Cyrielle Bannwarth étudie les grenouilles et crapauds en Franche-Comté

© LPO Franche-Comté

"Pour la rainette verte, le crapaud calamite ou encore le sonneur à ventre jaune ces conditions d'inondation et ces millieux temporairement humides pendant des semaines ont toutes les chances d'aboutir à un bon succès de reproduction avec de nombreux jeunes". Ces trois espèces dites pionnières tentent de pondre chaque année dans des endroits momentanément inondés pour éviter les prédateurs comme les poissons ou la grenouille verte par exemple. Malheureusement, les zones agricoles drainées et les longues périodes sans pluie assèchent certaines années de manière prématurée ces stations et empêchent le développement des œufs ou des larves.

Alors 2016 restera dans les mémoires. "On a retrouvé des crapauds calamites en vallée de la Saône en des lieux inoccupés depuis parfois 5 ans et on a même découvert de nouvelles stations inconnues à ce jour", se réjouit l'herpétologue. L'avantage de ces années exceptionnelles tient en effet aussi dans la création de réseaux humides qui permettent le déplacement et la colonisation de nouveaux sites de ponte. Brassage génétique et chances de survie à long terme sont donc favorisés!

Pluies de grenouilles en Suisse

Jérôme Pellet est biologiste et service conseil de la Confédération sur la conservation des batraciens. Même constat pour lui en Suisse romande où il a plu 60 % de plus que la normale dans certains secteurs.

"Des années comme celle-ci, on observe des "pluies de grenouilles", c'est à dire des milliers de tétards et de jeunes batraciens dans les champs là où on n'a pas l'habitude d'en voir". Selon le chercheur, ce genre d'années très pluvieuses entre février et juin ont un rôle salvateur dans les zones humides ou agricoles très abimées par les activités humaines. Elles redynamisent les populations de grenouilles et crapauds. Car dans des milieux préservés où les rivières ont une dynamique saine avec des méandres et des espaces de crues, la nature assume mieux l'alternance d'années plus ou moins sèches.

D'après Jérôme Pellet, rainettes, calamites et sonneurs peuvent potentiellement voir leurs effectifs décupler. "Ce genre d'explosions démographiques permet de passer par exemple d'une station de 40 individus en 2015 à 400 en 2016. Puis peut-être qu'une lente baisse va avoir lieu ensuite lors d'années plus "normales": 320... 280... 200... 130... 90 individus... etc. jusqu'à ce qu'une bonne année survienne de nouveau".

Crapaud calamite et grenouilles profitent des flaques d'inondations.

© Jean-Philippe Paul

Profitez de l'été et admirez notre Grand Angle sur le sonneur à ventre jaune ou encore notre interview de Jérôme Pellet sur la survie des amphibiens.

Pour tout savoir sur les grenouilles, retrouvez également notre dossier : Le silence des grenouilles.

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