Pourquoi grenouilles et crapauds n’ont-ils pas encore disparu ?

Les œufs de grenouilles rousses sont pondus en amas impressionnants. / © Michel Loup

La réponse de Jérôme Pellet Biologiste romand au Service conseil de la Confédération pour les sites de reproduction de batraciens d’importance nationale.

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C’est vrai ! Entre la disparition de leurs sites de reproduction, les hécatombes sur les routes en fin d’hiver, l’introduction de poissons dans les étangs, la pollution chimique et les champignons pathogènes, on peut en effet se poser cette question. Pourtant, les amphibiens résistent et ressurgissent chaque année de leur refuge hivernal.
Par quel miracle sont-ils encore parmi nous ? Grâce sans doute à leur extraordinaire fécondité lorsque les conditions sont favorables. C’est la stratégie des grenouilles et des crapauds : pondre énormément d’œufs et miser sur les survivants. Un plan d’eau adéquat, des habitats humides préservés en été et des refuges hivernaux en forêt, c’est ce dont ils ont besoin pour se reproduire en grand nombre.
Dans certains sites, on trouve encore beaucoup de batraciens… mais en réalité leurs effectifs ont été divisés par dix en un siècle. La découverte par exemple d’un triton par un enfant est un événement alors que cet animal était commun partout il y a 100 ans.

Que faut-il faire pour inverser la tendance ?

La mesure la plus efficace consiste à restaurer les milieux que nous avons asséchés durant des décennies. En bouchant des drains par exemple. Cela ne favorise pas uniquement les amphibiens mais aussi toute la vie liée aux zones humides et aquatiques. Là où de telles mesures ne sont pas possibles, il faut aménager des plans d’eau temporaires pour favoriser la reproduction de ces animaux. C’est seulement une fois qu’ils auront retrouvé des densités suffisantes que l’on pourra s’attendre à les voir coloniser de nouveaux milieux en empruntant les éventuels corridors écologiques conservés ou recréés comme les cours d’eau, marais, forêts humides, haies ou crapauducs.

On a beaucoup parlé changement climatique ces derniers mois. Les amphibiens en seront-ils des victimes ?

Oui. Lorsque des espèces font face aux nombreuses causes de stress que j’ai évoquées, le risque est de voir apparaître des combinaisons de facteurs entraînant des extinctions massives. La chytridiomycose - maladie due à un champignon pathogène qui s’attaque aux batraciens - a par exemple une virulence plus élevée quand la température est haute.
On observe d’ores et déjà des migrations de plus en plus précoces dans la saison et des populations qui se déplacent en altitude jusqu’à près de 2800 m. Il n’est plus rare de croiser une grenouille rousse sur les pistes de ski en fin de saison. Ces signaux sont annonciateurs d’un déséquilibre général. On peut craindre que certains effets puissent se combiner pour créer la tempête parfaite.

Stratégie démographique

nom féminin et adjectif

En 1967, les écologues MacArthur et Wilson décrivent deux types de reproduction dans le monde vivant.

La stratégie K se base sur une maturité tardive et une faible fécondité mais les parents investissent beaucoup d’énergie pour augmenter les chances de survie de leurs rares descendants. C’est par exemple le cas de l’homme et de beaucoup d’espèces de grande taille… et aussi parmi les amphibiens des salamandres. Cas extrême parmi elles, la salamandre noire produit seulement deux jeunes au terme d’une gestation de plusieurs années.

La stratégie r mise quant à elle sur une très grande fécondité et une maturité précoce pour compenser les effets d’une mortalité élevée et de conditions de survie aléatoires. C’est le cas des grenouilles, des crapauds et de beaucoup d’espèces de petite taille qui peuvent produire des milliers d’œufs.

Pour tout savoir sur les grenouilles, retrouvez notre dossier : Le silence des grenouilles.

Couverture de La Salamandre n°232

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 232
Février - Mars 2016
Article N° complet

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