Grande taille, longue vie

© Minden Pictures / Flip Nicklin / Biosphoto

Qui oserait se frotter à un géant ? La stature de ces êtres légendaires leur garantit prospérité et longue vie. La règle vaut aussi pour nombre de mammifères et d'oiseaux comme la baleine et la cigogne.

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Pourquoi les animaux de grande taille vivent-ils plus longtemps ?

©  Ambroise Héritier

Un joueur averti réfléchit à deux fois avant de lancer une attaque contre un géant. Les mensurations de ces créatures suffisent à tenir en respect la plupart des adversaires, ce qui assure en général une vie pluricentenaire. La réalité n'est pas si éloignée de la fiction puisque les colosses du règne animal partent avec un avantage. Il existe en effet un lien étroit entre masse corporelle et longévité, surtout chez les mammifères et les oiseaux.
Plus une espèce est grande ou lourde, plus la probabilité qu'elle vive longtemps est élevée. Prenons la cigogne blanche. Avec ses 2 m d'envergure et un poids oscillant entre 3 et 4 kg, cette grande migratrice appartient au club des oiseaux géants. Eh bien, son espérance de vie de 20 à 25 ans la hisse au top 10 des oiseaux européens vivant le plus longtemps. On connaît même un individu sauvage bagué ayant atteint l'âge record de 40 ans. Il n'y a guère que quelques espèces marines comme les albatros ou le hibou grand-duc pour faire mieux. En comparaison, une mésange bleue de 11 g atteindra tout au plus 3 ans.

© Wild Wonders of Europe / Widstrand /Naturepl.fr

Etre grand, c’est aussi dépenser moins d'énergie grâce à un métabolisme et à un rythme cardiaque plus lents. Chez les espèces de petit gabarit, le corps s'use plus vite. La masse corporelle a aussi une influence sur le rythme de la reproduction. Un oiseau qui vit longtemps comme la cigogne ne niche pour la première fois qu'à l'âge de 3 ou 4 ans. Et un couple ne pond le plus souvent que quatre œufs une fois par an. Les petits passereaux, eux, sont plus précoces et enchaînent les couvées deux à trois fois dans l'année, afin de maximiser leur succès reproducteur en un temps très court.
En liberté, la plupart des oiseaux meurent avant d'avoir atteint leur espérance de vie théorique. Ils finissent généralement victimes de maladies, du manque de nourriture en hiver, de prédateurs, de conditions météorologiques extrêmes ou de dangers liés à l'homme. Seuls 20 à 30 % des petits passereaux survivent à leur première année, contre environ 45 % des cigogneaux. Une fois adultes, les chances de survie annuelles des poids plumes passent à seulement 40 à 50 % contre 85 % chez les cigognes.

Le murin de Brandt, petit mais pugnace

Pourquoi les animaux de grande taille vivent-ils plus longtemps ?

© FLPA / Hugh Clark / Biosphoto

S'il y a bien des animaux qui remettent en cause le principe selon lequel mieux vaut être grand si l'on veut vivre vieux, ce sont les chauves-souris. Le murin de Brandt en particulier peut atteindre 41 ans ! Plutôt pas mal pour un petit mammifère qui ne pèse que 4 à 8 grammes. Les scientifiques ont récemment imputé cette longévité surprenante à des modifications dans la séquence génétique qui régit notamment les récepteurs de l'hormone de croissance, mais aussi à un rythme de reproduction lent, à une vie isolée dans des cavernes et à l'hibernation.

Une baleine bicentenaire

200 ans et des poussières, c'est l'âge canonique que peut espérer atteindre la baleine boréale. Un exploit qui fait de ce cétacé, d’une vingtaine de mètres pour 100 tonnes, le mammifère à la longévité la plus étendue. En décryptant son génome, des chercheurs britanniques ont découvert en 2015 que cette baleine peuplant les eaux arctiques et subarctiques serait capable de réparer son ADN et de préserver son système immunitaire du vieillissement. Deux bonnes parades contre cancers et maladies dégénératives.

Wisdom, doyenne albatros

Pourquoi les animaux de grande taille vivent-ils plus longtemps ?

© Daniel W. Clark / USFWS

L'oiseau sauvage le plus vieux jamais étudié est un albatros de Laysan des îles Hawaï. Baptisée Wisdom pour sagesse, cette femelle devrait souffler ses 68 bougies cette année. En novembre 2018, elle pondait un nouvel œuf sous l'œil ébahi des biologistes qui la suivent depuis son bagage en 1956. Elle avait alors environ 6 ans. Jolie performance pour une espèce connue pour atteindre habituellement cinquante ans.

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Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "C'est la taille qui compte"

Couverture de La Salamandre n°250

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 250
Février - Mars 2019
Article N° complet

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