Gluant

Badhamia utricularis / © Karlheinz Baumann

Nul ne sait ce qui décide au juste un myxomycète à fructifier, opération aussi délicate que spectaculaire.

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Gluant - La Salamandre

© Karlheinz Baumann

Que se passe-t-il ? Le plasmode conquérant semble ralentir ses mouvements. Les pulsations des veines s’arrêtent. Lui qui recherchait l’humidité et la pénombre grimpe sur une branche ou sur une écorce. Parfois même il s’expose en plein soleil.
La métamorphose commence sans qu’on sache très bien ce qui l’a provoquée. Manque de nourriture, horloge interne, changements atmosphériques ? Un mystère de plus. Les passionnés qui bichonnent leurs plasmodes dans l’espoir d’assister à ce spectacle exceptionnel en savent quelque chose. Il y a chez le myxomycète une composante imprévisible.

Gluant - La Salamandre

© Karlheinz Baumann

Mûrir c’est mourir

Maintenant, si on observe la matière du plasmode, on voit qu’elle se concentre en formant des sphères claires sous lesquelles poussent de petits pieds. En même temps, la gelée qui relie toutes ces fructifications sèche et disparaît.
Chez les myxomycètes, fructifier c’est mourir un peu. Les petites sphères elles aussi commencent à sécher en changeant de couleur. Tous les noyaux du plasmode y ont migré : ils sont en train de se transformer en spores qui peuvent avoir besoin de plusieurs semaines pour mûrir. Chez certaines espèces, le myxomycète expulse même des bulles d’eau pour accélérer le processus. Alléger et sécher cette poussière de vie est indispensable pour permettre sa dispersion dans les airs, puis l’émergence d’une nouvelle génération amibienne.

Quitte ou double

ger de l’étrange, avec ses fructifications délicatement ouvragées, ne va pas de soi. C’est même une étape extrêmement sensible. Une fois le processus mis en route, le myxomycète en mutation est à la merci des averses et des rafales. L’une submerge ses fragiles pédicelles. L’autre dessèche prématurément ses spores. Nos amis explorateurs de l’étrange vous le diront : combien de fruits flétris, avortés, lessivés, pour quelques bijoux parfaits conservés dans leurs collections !

Doués d’intelligence ?

Pour certains Japonais, les myxomycètes sont intelligents… ou du moins doués d’une forme d’intelligence spatiale. A l’Institut d’électronique de l’Université de Sapporo, à 1’000 km au nord de Tokyo, on leur a fait passer des tests très sérieux.
Par exemple? Prendre un labyrinthe avec deux issues A et B où est disposée la nourriture. Prélever des morceaux d’un gros plasmode et les disséminer partout dans le labyrinthe. Puis ? Laisser faire…
Bientôt, tous les fragments se reconnectent les uns aux autres. Ils forment une seule grande cellule qui remplit le labyrinthe dans son entier. Avouez déjà que, jusqu’ici, c’est assez extraordinaire. Ensuite, le myxomycète se jette littéralement des deux côtés sur la nourriture. Bientôt, la substance gélatineuse se retire des chemins qui ne mènent nulle part, impasses et détours. A la fin, il ne reste plus qu’une veine vigoureuse qui relie les deux appâts : toute la substance de l’amibe s’y concentre.
Notre myxomycète a trouvé sans hésitation le plus court chemin entre les points A et B. Il a bien mérité une double ration de flocons d’avoine…

Couverture de La Salamandre n°171

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 171
Décembre 2005 - Janvier 2006
N° complet

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