Ginkgo le survivant

Les feuilles du ginkgo biloba sont reconnaissable parmi toutes. / © Jonathan Lhoir

On le nomme l'arbre aux 40 écus. Olivier Escuder, botaniste au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, lève le voile sur ce chaînon vivant de l'évolution sexuelle des plantes.

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Olivier Escuder / © Sébastien Lesné

Olivier Escuder, en quoi le Ginkgo biloba est-il remarquable ?

Le ginkgo fait partie d'un groupe extrêmement ancien, celui des préspermatophytes, apparu à la fin du Dévonien il y a 350 millions d'années. Il en est aujourd'hui le seul survivant avec les cycas, des plantes tropicales aux feuilles persistantes dont on compte encore 350 espèces. Le ginkgo ne subsiste à l'état naturel que dans quelques vallées isolées de Chine. Considéré comme un arbre sacré par les religions bouddhiste et shintoïste, il a souvent été planté près des temples. Aujourd'hui, il ne doit d'ailleurs sa survie qu'à la bienveillance des hommes qui le plantent dans les parcs, apprécient sa beauté et ses propriétés médicinales.

Et sexuellement parlant ?

Cet être archaïque représente à lui seul deux révolutions sexuelles. La première concerne l'élément mâle et l'invention du grain de pollen. Avant lui, les mousses et les fougères larguaient leurs gamètes mâles dans la nature et dépendaient absolument de l'eau pour la rencontre des sexes. Une période de sécheresse ? Pas de reproduction possible. Le pollen du ginkgo contient le gamète mâle et utilise le vent pour se déplacer. On n’a jamais vu cette planète manquer de courants d'air.

Qu'en est-il côté femelle ?

C'est la deuxième révolution : auparavant, le gamète femelle était lui aussi laissé à lui-même sur le sol, sans protection. Avec le ginkgo, il s'entoure d'une protection, un préovule qui deviendra un véritable ovule chez les conifères. Ainsi encapsulé, il sera davantage à l'abri des aléas climatiques. Le ginkgo est ainsi une mémoire vivante de l'évolution.

On trouve des ginkgos dans de nombreux parcs et rues des villes, comme ici à Tokyo, entre autres en raison du caractère ornemental de ses feuilles et de sa résistance à la pollution. / © Mrhayata

Racontez-nous ses prouesses sexuelles...

Chez les conifères et les plantes à fleurs, le grain de pollen germe sur le stigmate et développe un tube pollinique. La fécondation a donc toujours lieu sur la plante mère. Cela se passe différemment chez le ginkgo. La rencontre a lieu en avril ou en mai, quand le pollen atterrit au sommet du préovule et s'immerge dans une minicavité remplie de liquide : la chambre pollinique. Un petit trou laisse s'écouler un fluide visqueux qui emprisonne le grain. Puis il se referme, et tout s'arrête pour le moment. L'organe femelle entre en période de latence et n'autorise pas l'anthérozoïde à s'unir à son oosphère. Le premier devra supporter de longs mois de frustration. A l'automne, le gamète mâle est enfin autorisé à nager jusqu'à l'oosphère et à s'unir avec elle. Si bien qu'au moment de la fécondation, le préovule est souvent déjà à terre. Il germera directement sur place si les conditions le permettent. S'il fait trop froid, comme sous nos latitudes, l'arbre ne pourra avoir de descendance.

Le ginkgo ne connaît-il donc pas la graine ?

Elle n'a pas encore été inventée ! La graine permettra aux plantes de retarder leur germination en attendant la chaleur et l'humidité du printemps. Chez le ginkgo, l'embryon se développe immédiatement, ça passe ou ça casse !

D'où sa disparition ?

Les conditions climatiques ont évolué depuis l'époque où il jouissait d'un climat tropical constant et peuplait tous les continents. De plus, la compétition avec les conifères puis les plantes à fleurs a eu raison de lui. Ces dernières, plus évoluées, possèdent des organes sexuels plus économes et protègent mieux leurs gamètes. Heureusement, on peut encore observer de magnifiques spécimens, notamment à la gare de Saint-Sulpice-Laurière, près de Limoges. Dix mâles et deux femelles s'y s'épanouissent depuis 1864, date à laquelle ils ont été offerts par le prince impérial du Japon à monsieur de Leffe, ingénieur ferroviaire.

Couverture de La Salamandre n°214

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 214
Février - Mars 2013
Article N° complet

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