Foreurs, suceuses et mineuses

Le charançon de l’ortie doit sa parure verte à de minuscules écailles. Certains individus en sont dépouillés et paraissent noirs. / © Gilbert Hayoz

Quoique sans ailes multicolores comme des papillons, ces résidents-là ont de la gueule. Dans l'ortie, leur atelier de verdure, ils transforment la matière.

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Le clown

Curculionidés. Le nom scientifique fait sourire. Les insectes ainsi désignés ont, malgré eux bien sûr, un air des plus comiques. Avec leur long museau et leurs gros yeux, les charançons ressemblent à de minuscules tapirs.

En voici un qui brille de reflets vert métallique. Dès le début du printemps, le charançon de l’ortie parcourt la plante dans tous les sens. Il se nourrit des feuilles, qu’il ronge par petits bouts. Ronces, reines-des-prés ou feuilles d’aulne sont également très appréciées. Après l’accouplement, la femelle descend jusqu’au sol. A l’aide de son rostre, elle poinçonne, mord et creuse la base de la tige. Lorsque la cavité la satisfait, elle se retourne et y dépose ses œufs.

Les larves ressemblent à de minuscules vers arqués. Dès leur éclosion, elles entament la racine de l’ortie, y creusent des sillons jusqu’au cœur. L’hiver venu, elles se changeront en nymphes dans la terre. Les adultes attendront le printemps suivant pour faire surface.

Les dandys

Difficile de passer inaperçu avec une paire d’antennes comme celles du longicorne noir moucheté de beige. Dès le mois de mai, l’insecte prend le soleil sur les plus hautes feuilles d’ortie. Sa vie est de courte durée, une dizaine de jours tout au plus. Le temps de se reproduire.

© Gilbert Hayoz

Pour pondre, la femelle du longicorne fore plusieurs trous dans une tige à l’aide de ses mandibules. Elle y dépose à chaque fois un œuf. Si l’ortie fait l’affaire, angélique ou hellébore conviennent tout autant.

Enfermée, la larve allongée dévore la plante de l’intérieur. Son dos est ponctué de multiples renflements qu’elle contracte et dilate pour se déplacer. Il faudra une année pour que cette larve vermiforme se dote d’une belle robe chinée et de deux spectaculaires antennes.

L’athlète

Pour entrer dans l’intimité de la cicadelle, mieux vaut se faire petit et discret. L’insecte mesure à peine plus de 3 mm. Il est tellement craintif qu’il saute au moindre mouvement.
En guise de bouche, la cicadelle est équipée d’une seringue qu’elle plante dans les feuilles pour en aspirer le contenu. Les cellules vidées de leur jus forment des taches blanches bien visibles.

© Gernot Kunz

Comme sa parente la cigale, la cicadelle chante sur son ortie en faisant vibrer des membranes situées sur son abdomen. Inutile de tendre l’oreille, vous n’entendrez rien. Le son très faible se propage par vibrations à travers la plante. Mâle et femelle chantent pour se localiser l’un l’autre. Elle ne bouge pas d’un poil, alors qu’il cherche à la rejoindre.

Les œufs sont pondus dans les tissus de l’ortie. Puis les jeunes cicadelles mènent à l’air libre une existence dangereuse. Bien souvent, l’une d’elles se retrouve parasitée par une larve de guêpe.

Foreurs, suceuses et mineuses, tous dans l'ortie - La Salamandre

© David Fenwick

L’artiste et le galeriste

La cécidomyie de l’ortie est une mouche qui passe peu de temps sur sa plante-hôte : elle pond et détale ! Quant aux asticots, ils se développent dans des pustules qu’on appelle galles. C’est au contact de leur salive que l’ortie fabrique cet étui végétal. Mais même protégés de la sorte, ces embryons ne sont pas à l’abri des redoutables guêpes.

La visite de l’agromyzide est tout aussi furtive. Le moucheron s’arrête sur les orties des lisières le temps d’y déposer ses œufs, autrement dit très brièvement.

Les larves vivent cachées dans les feuilles. Leur présence est trahie par les couloirs translucides qu’elles creusent à l’intérieur de cet abri. Suivant toujours le même tracé, elles progressent entre 2 nervures dès le centre de la feuille et jusqu’à son bord. Lorsqu’elles ont fini de grandir, elles se laissent tomber au sol pour accomplir la suite de leur métamorphose.

© Paul Fontaine

Qui est le responsable des petits trous sur les feuilles de hêtre ? Un charançon assurément, mais lequel ? Réponse ici.

Découvrez d'autres résidents permanents et occasionnels de l'ortie ici.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à l’ortie : L’ortie, une vraie peste ?

Couverture de La Salamandre n°178

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 178
Février - Mars 2007
Article N° complet

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