Enfin, le festin

Les plus anciennes tortues possédaient un bec corné muni de petites dents. Avec le temps, les dents ont disparu mais le bec est devenu tranchant. Il permet à la cistude de découper sa nourriture végétale ou animale. / © Olivier Born

Si vous étiez une cistude, la mare serait pour vous riche en gourmandises de toutes sortes. Vous allez vous régaler, mais ne faites pas trop la fine bouche…

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Que la partie commence!

Une fois vos batteries solaires rechargées, votre carapace profilée et vos larges pattes palmées vous confèrent vitesse et maniabilité dans l’eau. Cette fois, la pêche est ouverte ! Il était temps car vous mourez de faim, une faim de cistude. Mais sous les nénuphars, c’est une jungle inextricable d’algues, de potamots et d’élodées. Heureusement, les carpes, les canards et parfois les ragondins ou les castors creusent des tunnels dans la végétation que vous empruntez volontiers.

La cistude capture la plupart de ses proies sous l’eau… mais, par temps chaud et humide, il lui arrive de se promener sur la terre ferme pour capturer limaces ou vers de terre. Quand une proie est trop grosse pour être avalée en une fois, la tortue retourne dans l’eau pour la démantibuler avec ses griffes. / © Matthieu Berroneau

Au menu

Bon appétit ! Boutons de nymphéas et salade de myriophylles en hors-d’œuvre. Pâté de têtards et méli-mélo de larves en tous genres comme plat principal et peut-être à l’heure du dessert un poisson crevé ou quelques épaves échouées en surface. Ne prenez pas cet air dégoûté. Vous êtes une nettoyeuse de la mare très utile, une véritable championne pour faire disparaître en un clin d’œil tous les cadavres… mais aussi une honorable chasseuse.

Toujours prompte à nettoyer mares et étangs, la cistude repère les cadavres à l’odorat. Si vous observez un poisson ou un oiseau flottant à la surface agité d’étranges convulsions, c’est très probablement qu’une ou plusieurs tortues sont à l’œuvre en dessous. / © Hellio - Van Ingen

Plusieurs cordes à son arc

Tout en nageant, vous projetez en avant votre cou télescopique pour gober par surprise une notonecte ou un alevin. Ou alors, vous vous embusquez dans la végétation, à l’affût comme un brochet. Il vous arrive aussi de vous poster devant une touffe de plantes, puis d’écarter soudainement vos deux pattes pour ouvrir le rideau végétal. Hop ! Et tac et tac et tac vous picorez du bec tous les fuyards.

Un appétit trop vorace?

Constatant votre appétit, certains pêcheurs ou naturalistes vous ont parfois accusée de décimer les poissons ou la petite faune. Ils font erreur car, en grandissant, vous devenez de plus en plus végétarienne. Et d’ailleurs, votre activité principale d’éboueuse est reconnue d’utilité publique.

Au fond de la mare, c’est plein de vase. Alors, à force de circuler sous l’eau, la cistude finit par ressembler à un gros caillou tout brun. Voilà pourquoi on l’appelle souvent tortue boueuse ou bourbeuse ou même fangearde. / © Hellio - Van Ingen
Couverture de La Salamandre n°235

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 235
août - septembre 2016
Article N° complet

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