Les faux silencieux

Baleine bleue / © Pierre Lobel / Bios (photomontage Jean-Luc Wisard)

La pipistrelle hurle haut, la baleine chante bas. Et entre les deux, l'homme croit au silence... On est tous le sourd d'un autre.

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Le son, ce serait ce que l'homme entend et le silence, l'absence de son. Tout cela serait finalement très anthropocentrique. Et ce n'est pas qu'une histoire de volume, donc d'intensité, mais de fréquence. Nos oreilles sont utiles entre 20 et 20 000 hertz (Hz). Soit, du plus grave au plus aigu, entre vingt et vingt mille oscillations de l'onde sonore par seconde. Mais des animaux émettent et entendent au-delà de ces extrêmes.
En dessus, la planète ultrasons est peuplée par la plupart des insectes, par certains rongeurs ou musaraignes, par les dauphins… Et les plus illustres ultrasonores sont évidemment les chauves-souris. Les hautes fréquences sont fines et précises, mais elles ont le désavantage de se propager à courte distance. Elles sont donc pratiquées par des animaux de petite taille ou pour une communication de proximité.
Trois étages plus bas, c'est le monde des infrasons. La voix de la terre, la géophonie, en diffuse constamment : orages, séismes, volcans… Pas étonnant que certains animaux sensibles réagissent avant les drames naturels. D'ailleurs, on peut être réceptif aux basses fréquences sans en émettre soi-même. Car peu nombreux sont les animaux qui vocalisent dans ce registre. Ceux qui y arrivent, ils ont du coffre : éléphants, hippopotames, rhinocéros, baleines, tigres… Peu précises et donc peu localisables, ces émissions ont l'avantage de porter très loin. Les éléphants communiquent à plusieurs kilomètres. Les baleines, bien plus loin encore.

Localiser

La précision des émissions à haute fréquence permet l'écholocation. L'animal émet un ultrason par la bouche ou le nez. Puis, dès que l'onde rencontre un obstacle, proie ou végétation, elle rebondit vers son auteur. Celui-ci capte l’écho grâce à ses oreilles. Son cerveau calcule ensuite la distance, la vitesse, la position et la forme de l’objet détecté. Le tout en une fraction de seconde. Les chauves-souris sont expertes dans le domaine. Les marsouins et les dauphins aussi.

Le faux silence des animaux

© Berndt Fischer / Bios

Au ralenti

Les mammalogistes écoutent les ultrasons des chauves-souris avec un appareil spécial qui les rend audibles. Il devient alors possible d'identifier l'espèce. Autre solution, les enregistrer puis ralentir le son. Ces petits mammifères produisent aussi des cris sociaux audibles par l'homme.

Le faux silence des animaux

Barbitiste des Pyrénées / © NouN / Bios

Détecteurs de silence

Beaucoup de sauterelles comme ce barbitiste des Pyrénées émettent des ultrasons. L'oreille de l'entomologiste est insuffisante pour les inventorier. Les chasseurs d'insectes s'équipent alors des mêmes détecteurs que ceux utilisés pour écouter les chauves-souris.

Le faux silence des animaux

Claquement des vagues sur le port du Douro en Espagne. / © Zacarias da Mata / Fotolia

A creuser

Le bruit d'un fleuve ou celui des vagues qui s'abattent sur les côtes produisent des sons à basse fréquence. On sait que des oiseaux et des poissons sont réceptifs à ces gammes. Cela invite les chercheurs à creuser l'hypothèse que les migrateurs voyagent aussi à l'oreille.

Le faux silence des animaux

Baleine bleue / © Pierre Lobel / Bios (photomontage Jean-Luc Wisard)

A l'infini

Dingue : les baleines bleues peuvent communiquer à plusieurs milliers de kilomètres. Pour cela, elles émettent des sons de très basse fréquence (20 Hz) et très puissants (150 décibels).Eles savent trouver des canaux acoustiques plus porteurs à certaines profondeurs.

Pour ravir les oreilles curieuses

Dégustez les séquences audio proposées par Boris Jollivet !

Couverture de La Salamandre n°227

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 227
Avril - Mai 2015
Article N° complet

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