Fait pour la verticale

Tichodrome échelette / © Christophe Sidamon-Pesson

Une combinaison inédite d'adaptations permet au tichodrome de passer toute sa vie contre le rocher. Revue des miracles.

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Pic à brochette: Le tichodrome possède un bec souple, très long et légèrement arqué, conçu pour fouiller les moindres aspérités de la roche. Avec sa langue terminée par plusieurs pointes, il est capable d'embrocher des proies en même temps qu'il en maintient cinq ou six entre les mandibules. Le bec de la femelle est jusqu'à deux fois plus long et nettement plus coudé. Peut-être cela correspond-il à une subtile différence de régime alimentaire qui évite une concurrence entre les deux sexes.

Binoculaire stratégique: comme la plupart des oiseaux, le tichodrome voit très bien, y compris probablement les ultraviolets. Mais surtout, ses deux gros yeux noirs sont situés très en avant de la tête, juste derrière la commissure du bec. Cette position frontale permet une vision binoculaire vers l'avant, certainement très utile pour localiser des proies dans des fissures.

Crampons d'alpiniste: Le tichodrome est un grimpeur né. Ses doigts sont très longs et ses ongles en crochets prodigieusement développés et solides. Ainsi équipé, il adhère à n'importe quelle paroi verticale. Ses deux pouces sont des points d'appui qui le poussent vers le haut. Pour s'élever sans effort, il lui suffit d'ouvrir les ailes.

Doudoune camouflage: L'oiseau papillon a été observé dans l'Himalaya à une altitude de plus de 5000 mètres. Là où il vit dans les Alpes, il peut neiger n'importe quel jour de l'année! D'où un plumage exceptionnellement dense qui le rend hyper résistant au froid. En cas de coup de chaud, il se tient à l'ombre et va boire de temps en temps sur un suintement ou dans un torrent.Le manteau gris du tichodrome le rend presque invisible alors que ses ailes sont ultra-visibles. Ce curieux assemblage rappelle la livrée contrastée de certains papillons de nuit. Comme eux, en voilà un qui peut jouer des ailes pour se mettre alternativement en mode camouflage... ou exhibition !

Ailes flashy: Les ailes en forme de palettes du tichodrome rappellent en plus petit celles de la huppe. L'association du rouge vif, du noir et du blanc forme un signal ultra-visible. D'ailleurs, le tichodrome communique probablement plus avec ses semblables par pulsations des ailes que par sa voix flûtée qui ne doit pas porter aussi loin. Le rythme des battements révèle précisément son humeur. Et l'éclat des couleurs son état de santé. L'anatomie du tichodrome échelette d'aujourd'hui est sans doute le résultat d'une sélection qui a favorisé le succès reproducteur d'individus à la voilure toujours plus visible et colorée.Ces ailes hypertrophiées ont une autre fonction. Leur portance très forte permet d'exploiter les plus faibles courants thermiques. Porté dans les airs, le tichodrome virevolte en dessinant d'incroyables figures papillonnantes. En revanche, le profil de sa voilure est nettement moins adapté aux voyages longue distance.Certains auteurs supposent aussi que le tic nerveux des ailes caractéristique de cette espèce dérangerait les petits invertébrés cachés dans les fissures et les rendrait ainsi visibles. En tout cas, en cas d'approche d'un prédateur terrestre, chien, fouine ou hermine dont il a personnellement peu à craindre, le tichodrome accélère le rythme des pulsations. A l'inverse, quand un épervier ou un faucon apparaît, il se fige ailes fermées.

Gouvernail sensible: En comparaison avec ses ailes démesurées, le gouvernail noir piqué de blanc du tichodrome fait un peu riquiqui. Si les pics ou les grimpereaux utilisent leur longue queue raide comme point d'appui pour progresser par bonds à la verticale, le léger oiseau papillon n'en a pas besoin. Il lui suffit d'ouvrir les ailes pour que son corps soit littéralement soufflé vers le haut. Inutile comme soutien, cette queue a conservé des plumes souples. Leurs mouvements subtils contribuent à la prodigieuse maniabilité de l'oiseau.

Quelques images de Christophe Sidamon-Pesson pour passer en revue les remarquables adaptations du tichodrome à la vie contre les rochers.

Couverture de La Salamandre n°217

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 217
Août - Septembre 2013
Article N° complet

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