Explosion de goélands

Le goéland leucophée règne désormais sur toutes les rives du lac de Neuchâtel. Compte-rendu du dernier recensement dans la réserve naturelle du Fanel.

Avatar de Alessandro Staehli
- Mis à jour le
Publié par

47 ans ans après sa première nidification en Suisse, le goéland leucophée règne désormais sur toutes les rives du lac de Neuchâtel. Compte-rendu du dernier recensement sur l’île neuchâteloise du Fanel.

Mercredi 22 avril, au plein cœur de la [réserve naturelle du Fanel][1]. Il fait grand beau. Les vols de cormorans qui construisent leurs nids ponctuent l’azur. Le lac est très légèrement ridé par la douce brise qui caresse les roseaux. Le groupe de scientifiques gagne le large au bord d’une petite barque fort instable. Régulier comme un métronome, le chant d’une locustelle luscinoïde rythme les coups de rame. En s’approchant des îles artificielles, l’une située sur territoire neuchâtelois et l’autre en terre bernoise, les lamentations des goélands se font de plus en plus fortes. C’est ici, sur ce lopin de blocs et gravier perdu au bout de la Grande Cariçaie, que ce laridé a niché pour la première fois en 1968. D’origine méditerranéenne, le leucophée s’est vite approprié les lieux : 10 couples environ en 1980, plus de 100 dès 1992, 420 en 2000 et un peu moins de 700 actuellement... Une véritable explosion!

(source: Association de la Grande Cariçaie) / © Evolution des laridés au Fanel (1959-2015)
Goélands leucophées adultes

Goélands leucophées adultes / © Goélands leucophées adultes

Mal vu par les biologistes, ce grand profiteur omnivore provoque d’innombrables dégâts parmi l’avifaune locale. Certains couples se spécialisent carrément sur la capture des jeunes grèbes, canards ou laridés. Ici même, des parents ont parfois nourri leur progéniture avec une douzaine de poussins de mouette rieuse par jour. Il n’est pas étonnant que depuis son arrivée, les populations de sternes pierregarins et de mouettes rieuses se soient effondrées. Pour tenter de freiner l’expansion de Larus michahellis, dans les années 1970 les ornithologues détruisaient systématiquement une partie des pontes. Résultat ? Quasi aucun : la dynamique de l’espèce était déjà trop forte. Une fois le petit bateau amarré, les spécialistes de la Grande Cariçaie et de Nos Oiseaux débarquent sur l’île aux goélands.

L’ambiance est incroyable ! Un millier de leucophées crie et fiente en tournoyant sans cesse sur la colonie. Le recensement commence.

Ponte de goéland leucophée entre les orties.

Ponte de goéland leucophée entre les orties. / © Alessandro Staehli

1 nid avec 3 œufs, 1 cuvette encore vide, 2 poussins fraîchement éclos… Les scientifiques avancent en ligne et fouillent le sol pour débusquer toute ponte. La végétation pousse vigoureusement, dopée au guano de laridés. Ortie, camomille inodore et autres plantes nitrophiles cachent les œufs brun verdâtre et tachetés des goélands. Au bout de deux heures de comptage, les chiffres parlent d’eux-mêmes: 357 nids de leucophée, 4 d’oie cendrée, 1 de cygne tuberculé et 1 de foulque macroule… Et pour la première fois, un nid d’ouette d’Egypte! La dominance des goélands est écrasante. Et encore, il faudra voir combien de poussins des autres espèces survivront à l’appétit vorace de la colonie de laridés. Dans les quatre nichoirs récemment installés au nord de l’île, des harles bièvres ont élu domicile. Les scientifiques profitent de l’occasion pour baguer une femelle couveuse… Enfin un peu de couleur dans cet univers dominé par les blancs goélands.

Articles sur le même sujet

Réagir