Parmi les trognes du bocage

Le Chemin des trognes, à Boursay, avec d'anciens chênes pédonculés récupérés dans des haies arasées du village. / © Dominique Mansion

Dans ce minuscule terroir du Perche vendômois, les têtards ne se trouvent pas que dans les mares. Balade à Sargé-sur-Braye dans le Loir-et-Cher.

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Une fois n'est pas coutume, l'une de nos balades nature commence dans une église. A Sargé-sur-Braye, non loin de Blois, cela va même de soi. Première étape d'un circuit dédié au roussard, l’église Saint-Martin consacre une exposition à ce sable ferrugineux cimenté présent dans le haut de la vallée. Après ce départ singulier, un parcours balisé nous entraîne sur une petite route qui mène à la carrière désaffectée de la Mutte.
Les talus secs regorgent de marjolaines sauvages, que butine un demi-deuil. Le soleil est écrasant. Un bruant jaune chante non loin de deux belles « trognes » de chêne, ces arbres aux grosses têtes ébouriffées omniprésents dans le bocage percheron (> encadré) . Avant d’entrer dans la carrière, l’œil attentif remarquera de beaux vestiges de plessage sur une haie de charmes. Une technique ancestrale qui consiste à fendre le tronc des arbustes pour les tresser et former ainsi une clôture vivante.

Carrière de la Mutte / © Catherine Levesque
Parmi les trognes du bocage de Sargé-sur-Braye

Bruyère cendrée / © Catherine Levesque

Décor de Far West

Changement de décor radical dans la carrière ombragée. Un parfum de genêt émane de ce paysage aux sables ocre dignes du Colorado. Le long du sentier poussent des germandrées scorodoines – une plante mellifère – et des jasiones des montagnes, dont les capitules forment de jolis pompons mauves. Le front de taille, lui, a été colonisé par une végétation pionnière : bouleau verruqueux, pin maritime… Les chatons jaunâtres des châtaigniers forment sous le pied un tapis cotonneux. Myrtils et piérides s’attardent sur la bruyère cendrée en fleur. La callune, qui s’en distingue à ses petites écailles, ne fleurira que fin août.

Parmi les trognes du bocage de Sargé-sur-Braye

Campanule gantelée / © Catherine Levesque

Fantaisie botanique

A la sortie de la carrière, des plantes graciles s’épanouissent en nombre sur le talus. Ce sont des linaires striées, qui côtoient la campanule raiponce aux délicates clochettes, la mélique uniflore, frêle graminée balayée par un vent tiède, ou encore la grande chélidoine, dont le suc jaune disposerait de vertus contre les verrues…
C’est juste après la cabane couverte de lierre qu’une fantaisie botanique s’opère sous nos yeux. Dans une prairie de fauche, probablement une ancienne vigne, des hélianthèmes à gouttes, dits « grille-midi ». On le surnomme ainsi car ses fleurs jaunes à tache noire perdent leurs pétales à la mi-journée. Il est 13 heures et, ô surprise, il en volette un peu partout !
Sous un pin laricio, près du camp Far West pour enfants, il faut être bien plus initié pour apprécier la seule station d’arnoséris connue du Perche vendômois. Cette plante en régression aux proportions singulières est surnommée « chicorée de mouton ». Tout près d’elle, une des piloselles oreilles de souris, aux effets « herbicides » reconnus. Le bocage, décidément, s’ouvre comme un grimoire.

L’arbre paysan

« C’est dans ce type d’arbre qu’on peut trouver le pique-prune, un coléoptère devenu rare. » La main sur l’écorce, Dominique Mansion jauge avec bienveillance une belle trogne de chêne de 150 à 200 ans, probablement creuse. Véritable écosystème à lui tout seul, ce têtard existe grâce à des générations de paysans qui l’ont étêté au point de lui conférer cette tête disproportionnée. Ces sculptures paysannes qui émaillent le bocage du Perche vendômois sont en effet nées d’une idée astucieuse : récolter plusieurs fois le houppier d’un même arbre pour en faire du bois de chauffage, de la vannerie, du fourrage d’appoint… Charme, chêne, frêne, saule : de nombreuses essences peuvent être conduites en têtards. Ceux que l’on appelle aussi ragosses, truisses ou têtes de chat pourraient trouver de nouveaux débouchés avec les BRF – pour bois raméaux fragmentés –, un broyat de petites branches fraîches qui contribue à restaurer la vie des sols cultivés.

A lire

Les trognes, l'arbre paysan aux mille usages Dominique Mansion, éd. Ouest-France

Quelques belles trognes parcourent le sentier / © Dominique Mansion

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Le bocage autour de Boursay

durée: 2h30

  • Au départ de la Maison botanique (1), suivre le Chemin des trognes puis le Chemin botanique, sur la droite.
  • Tourner à gauche sur la route au niveau du lavoir, vers l’Huisserie (2) (aire de pique-nique).
  • Suivre à gauche le balisage jaune (3).
  • Longer le bief à gauche (La Gaudinerie), emprunter à droite la route goudronnée puis, à gauche, le chemin creux, au niveau d’une petite zone humide.
  • Continuer tout droit vers le moulin des Gaults (4). Traverser la Grenne sur une passerelle.
  • Emprunter le chemin empierré, puis tourner à droite.
  • Prendre la route à gauche et longer le parc du château du Grand Bouchet (5).
  • Tourner à gauche vers le Tracas sur un chemin goudronné, puis suivre le balisage jaune.
  • A la ferme de l’Epinet, prendre la petite route à gauche (6).
  • Continuer à gauche au carrefour et passer sur le pont qui enjambe la Grenne (7).
  • Au Vigneau, laisser le chemin sur la droite et tourner à gauche (8).
  • Au croisement, prendre le chemin qui mène au moulin des Gaults (9).
  • Poursuivre par le même chemin que celui du départ (1).

Le Circuit du Roussard

durée: 1h00

  • Depuis l'église de Sargé-sur-Braye (1), suivre les panneaux du Circuit du Roussard en empruntant la rue Roger-Reboussin.
  • Au bout, tourner à droite et prendre tout de suite en face la rue du Haut-Bourg, puis suivre la rue de Rotsang (balisage jaune) (2).
  • Suivre le sentier pédestre de la carrière de la Mutte (3), en boucle, et revenir au village via le lieu-dit du Cruchet (4).

Accès en transports publics

TGV jusqu’à Vendôme (ligne Paris-Tours) puis car pour Mondoubleau (ligne 13). Arrêt face à l’école de Sargé-sur-Braye. Horaires sur http://voyages-sncf.com et http://transports-du-loir-et-cher.com.

Hébergement, tuyaux gourmands

Comité départemental du tourisme du Loir-et-Cher + 33 2 54 57 00 41, coeur-val-de-loire.com

Chambres d’hôtes à La Chancellerie, à Saint-Marc-du-Cor. + 33 2 54 80 84 24.

Ferme biologique de Gorgeat, à Azé. + 33 2 54 72 04 16.

Restaurant Le Grand Monarque, à Mondoubleau. + 33 2 54 80 92 10.

Au-dessus de la Grenne / © Catherine Levesque

Règles d'or et conseils

  • Respectez les consignes dans la carrière de la Mutte : l’accès à l’excavation est interdit.
  • Respectez les clôtures et les barrières des propriétés privées.
  • Ne cueillez pas les fleurs sans connaître leur statut de protection.

Ailleurs dans la région par Dominique Mansion

Dominique Mansion / © Marianne Lartigue

Gamin, il s’amusait à aller d’un bout à l’autre d’une haie sans poser le pied à terre. Son bocage, Dominique Mansion l’arpente depuis le berceau. Il est né là, dans le Perche vendômois. Il vit et milite là. Sculpteur et illustrateur naturaliste, il a fondé dès 1980 l'association Perche Nature. « J’ai été formé aux Beaux-Arts et les trognes m’ont toujours parlé par leur vocabulaire de formes. » Outre son travail pour le Conservatoire d’espaces naturels de Loir-et-Cher, il mène aujourd’hui de nombreuses activités de front : conférencier, illustrateur, bénévole pour la Maison botanique de Boursay qu’il a créée… Chaque année, il écrit et illustre un Agenda nature sur un thème différent, aux éditions Ouest-France. Celui de 2014 est consacré aux oiseaux.

Le roussard, mode d'emploi « Présentée en permanence dans l’église Saint-Martin, qui n’est plus destinée au culte, l’exposition « Au Pays du Roussard » a été réalisée par Perche Nature voici plus de dix ans. La pierre de roussard y est montrée sous tous ses aspects. Aux panneaux richement illustrés s’ajoute la présentation d’éléments en roussard : bornes charretières, pavés, margelle de puits, blocs taillés… »

La maison natale de Roger Reboussin (1881-1965) « Au 5 de la rue Roger-Reboussin, on peut apercevoir à l’étage la verrière de la maison natale de ce peintre naturaliste. Maître du dessin au Muséum d’Histoire naturelle de Paris, il réalisera dès 1935 et sur 30 ans un grand ouvrage regroupant tous les oiseaux de France. »

La trogne de La-Chapelle-Vicomtesse « Aujourd’hui située sur un espace aménagé en aire de pique-nique, la trogne du Gauthier est remarquable par son allure et sa circonférence de plus de 6,50 m. Ce chêne pédonculé a environ 400 ans. Durant la dernière guerre, il servit de refuge à un réfractaire du STO, le Service du travail obligatoire. »

Parmi les trognes du bocage de Sargé-sur-Braye

Maison botanique de Boursay / © Catherine Levesque

La Maison botanique « Ouverte en 2000 au cœur du petit village de Boursay, la Maison botanique accueille toute l’année jeunes et adultes autour d’expositions, de sorties ou de stages liés au végétal et à ses usages : trognes, plessage, greffage, vannerie… Un jardin, une mare, le Chemin des trognes et le Chemin botanique complètent cet ensemble, qui abrite aussi le Centre européen des trognes. »

La Commanderie d’Arville « A 7 km de Boursay, l’ancienne commanderie templière d’Arville présente des bâtiments remarquables à l’image de son église du XIIe siècle à la façade en grison, une pierre présente dans les champs. Des mares, un jardin « médiéval » et un petit circuit longeant le Couëtron accompagnent cet ensemble architectural qui héberge un musée sur les ordres religieux militaires. »

La tour penchée de Mondoubleau « La belle époque des tanneries a laissé beaucoup de traces architecturales à Mondoubleau, notamment de belles maisons. Mais ce qui frappe le plus, c’est le donjon en roussard fortement penché de l’ancien château médiéval. Avec le secteur de l’ancien château, l’hôtel du Grand Monarque, la maison Consigny (siège de Perche Nature), le Chemin vert, la vallée et les bords de la Grenne contribuent à rendre ce lieu attachant. »

Couverture de La Salamandre n°216

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 216
Juin - Juillet 2013
Article N° complet

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