Ermites perchés

Les coqs peuvent passer tout l’hiver perchés sur quelques vieux hêtres et sapins blancs. Ils ne s’envolent qu’en cas d’absolue nécessité et réduisent leurs déplacements au strict minimum . / © Michel Munier

L’hiver jurassien contraint les tétras à une totale économie de mouvements. Malgré une constitution adaptée aux conditions les plus rigoureuses, leur survie durant ces longs mois ne tient qu’à un fil.

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L’hiver est long et rigoureux dans le Jura. A altitude égale, il est même bien plus froid que dans les Alpes. En automne déjà, les grands tétras l’ont senti. Ils se gavent de myrtilles et de framboises pour gagner quelques grammes précieux et augmenter ainsi leurs chances de survie dans la tourmente.

Sages comme des images

pourquoi le grand tétras se perche sur les arbres - La Salamandre

© vincent Munier

Dès les premières neiges, coqs et poules réduisent leurs déplacements au strict minimum. Chacun choisit un groupe de sapins blancs qu’il ne quittera pratiquement plus pendant quatre à cinq mois. Matin et soir, l’oiseau se nourrit quelques heures en grignotant les jeunes rameaux du résineux. La nuit, il dort perché sur la branche d’un grand hêtre, à l’abri des attaques surprises de la martre. Voir avant d’être vu, tels sont sa devise et aussi son salut. Quant aux épicéas, majoritaires dans le Jura, ils sont généralement évités : leur feuillage dense et coriace n’est bon ni comme nourriture ni comme abri.
Que la tempête fasse rage, que la température descende à -30° C, les tétras n’ont rien d’autre à se mettre sous le bec que ces aiguilles. Malgré un système digestif adapté à ce menu rustique, l’amaigrissement est inéluctable. Même sans bouger, les coqs dépensent chaque jour plus d’énergie qu’ils ne peuvent en absorber. On comprend dès lors leur extrême sensibilité à tout dérangement. Quelques envols précipités en décembre-janvier et ils risq

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© Michel Munier

Pour survivre à 5 mois d’hiver

dans le Jura, il faut :

  • Une « polaire » La constitution particulière des plumes des grands coqs (p. 25) leur assure une isolation thermique exceptionnelle.
  • Des guêtres et des raquettes Contrairement au reste de l’année, en hiver les coqs sont perchés presque en permanence sur des arbres. Pour qu’ils puissent se poser dans la neige, leurs doigts sont élargis dès la fin de l’automne par de petits peignes qui transforment leurs pattes en raquettes extrêmement efficaces. En plus, des plumes tapissent leurs pattes et les protègent du froid.
  • Des protéines Des études ont montré que les coqs choisissent les sapins les plus vigoureux, qui ont le feuillage le plus riche en protéines. Pour digérer cette nourriture coriace, leur intestin long de deux mètres est prolongé par deux appendices peuplés de bactéries. Des milliards de petits alliés font fermenter et digèrent les fibres végétales comme dans la panse d’un ruminant.
  • La paix Cette nourriture frugale fournit aux oiseaux à peine assez d’énergie pour respirer et ne pas se refroidir. Des envols répétés à l’approche d’un prédateur ou d’un skieur auront des conséquences dramatiques.
Couverture de La Salamandre n°161

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 161
Avril - Mai 2004
Article N° complet

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