L’énigme de la grande plaine

Le domaine vital de 8 couleuvres dans le Seeland. / © Office fédéral de la topographie

Dans la plaine du Seeland, des scientifiques ont équipé huit couleuvres à collier de radio-émetteurs. Mille observations… et surtout une grande énigme.

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A quoi ressemble le paradis pour un serpent comme la couleuvre à collier ? A des bords de rivière sauvages, des zones marécageuses, des forêts humides. Même si parfois on la croise à plusieurs kilomètres de l’eau ou en montagne.

Mais le quotidien des couleuvres est aujourd’hui, hélas, bien différent de ce tableau paradisiaque. Les milieux humides disparaissent, drainés au profit des terres agricoles. Alors comment font-elles, quand elles y parviennent, pour survivre en zones d’agriculture intensive ?

L’énigme de la grande plaine aux couleuvres - La Salamandre

La biologiste Christine Wisler / © Marc Tourrette

Chez les chercheurs

Pour trouver la réponse, des biologistes de l’Université de Berne ont capturé huit couleuvres à collier femelles dans le Seeland, cette plaine agricole du Plateau suisse. Ils les ont équipées de radio-émetteurs, puis relâchées. C’était en 2005 et 2006.

Première révélation de nos huit indics : chaque animal possède un domaine vital bien plus vaste que dans des régions plus naturelles. Dans la plaine drainée, grenouilles et crapauds - nourriture principale de la couleuvre à collier - se font rares. Du coup, il lui faut un terrain de chasse plus grand : trente-neuf hectares par animal en moyenne, contre quinze ailleurs.

Plutôt diurnes

Les bêtes se déplacent surtout de jour, voire à la tombée de la nuit quand il fait très chaud. La plupart du temps, elles font quelques dizaines de mètres par jour. Mais certains individus peuvent parcourir cinq cents mètres. Au soir, chacune regagne son abri pour la nuit. Une souche, un tas de végétaux ou une galerie de rongeur fera l’affaire.

Les couleuvres ont leurs habitudes. Au printemps, elles privilégient lisières de forêt et digues de canal. En mai et en août, ce sont les bordures de champs, de fossés, en juin les clairières et les lisières, et en juillet les cultures.

Où rampent-elles ?

Parmi tous leurs déplacements, il en est un qui reste particulièrement surprenant. Les chercheurs ont découvert qu’une fois par an, toutes les couleuvres convergent vers un même endroit. Quel aimant irrésistible les attire ainsi ? Pour y accomplir quel destin ?

Le domaine vital des 8 couleuvres et l'endroit où toutes convergent. / © Office fédéral de la topographie

Mystérieux rendez-vous

Un bout de la plaine agricole du Seeland, entre Berne et Neuchâtel. C’est là que vivent nos 8 couleuvres à collier, des femelles, suivies par télémétrie en 2005 et 2006.

Chaque «patate » correspond au domaine vital d’un serpent, estimé d’après les relevés de sa position au cours de l’année. Les zones fréquentées réellement par les serpents ne sont pas aussi géométriques que les polygones tracés sur cette carte pourraient le laisser croire.
Ce document met en évidence le point unique où se sont donné rendez-vous les huit couleuvres. Reste maintenant à comprendre la raison d’être de cette réunion...

Réponse dans notre article.

L’énigme de la grande plaine aux couleuvres - La Salamandre

© Marc Tourrette

Les bons coins du Seeland

Les couleuvres ne dédaignent pas les monocultures, à condition qu’elles soient bordées de végétation naturelle. Les champs offrent un refuge contre les ennemis venus du ciel. De plus, les amphibiens n’y manquent pas à certains moments de l’année. En revanche, les couleuvres délaissent la forêt dense.

Mais ce qu’elles aiment par-dessus tout, ce sont les bordures riches en végétation, les clairières en forêt et les lisières. Ces endroits offrent pléthore d’abris et de places pour prendre des bains de soleil. Même si ces corridors biologiques ne représentent que 7 % du territoire, les serpents y sont observés plus de la moitié du temps. Ces lieux sont d’une importance primordiale pour leur survie.

Une couleuvre à collier se cache dans la végétation qui borde le champ de maïs. L’émetteur qu’elle porte a permis à la biologiste Christine Wisler de la repérer à plusieurs centaines de mètres. Chaque émetteur possède une fréquence propre qui permet l’identification du reptile.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la couleuvre à collier : Un serpent ! Sauve qui peut ?

Balu, Turo, Aïsha, B132, Gigotte... Découvrez à travers les vies de sept lynx suivis par des scientifiques autant d'histoires attachantes ici.

Couverture de La Salamandre n°179

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 179
Avril - Mai 2007
Article N° complet

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