Les dons de la marée

Les algues brunes échouées en paquets sur les hauts de plage portent le nom populaire de goémon. Les varechs et les laminaires y sont les espèces les plus représentées. / © Christian König

Chaque jour la mer rejette sur les plages son lot de sable, de galets, d’algues et de débris organiques. Loin d’être d’inutiles déchets, ces laisses de mer conditionnent la vie sauvage du littoral.

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Aucune plage ne ressemble à une autre. Et sur chacune le sable peut présenter de grosses différences. Généralement plutôt fin et mouillé en bas de la plage, il devient sec et grossier tout en haut. Tous les cas de figure sont possibles en fonction de l’orientation de la côte, des courants et de la géologie des fonds marins.

Sables et galets

Depuis la nuit des temps, la mer façonne les plages à sa convenance. C’est elle qui dépose les galets et les graviers glanés sur les fonds rocheux, ainsi que les limons charriés par les fleuves.

Dans ce va-et-vient perpétuel, c’est elle aussi qui apporte le sable, heureux mélange de sédiments minéraux et de débris de coquillages, usés, polis et réduits en pièces par les courants. Du calibre de ces grains dépendra la quantité d’eau et d’oxygène en circulation, et par conséquent la présence et la distribution des espèces enfouies.

Laisses de mer

La mer abandonne sur le sable une multitude de déchets marins plus gros et plus lourds, d’origine animale ou végétale : algues, valves de mollusques, mues de crustacés, restes de poissons, pontes… Autant de témoignages de la vie des profondeurs marines. Tout aussi réels, les plastiques, cordages, flotteurs et autres détritus issus des bateaux de pêche, des navires marchands ou des décharges littorales échouent eux aussi malheureusement sur les plages.

Les grains de sable se répartissent sur la plage en fonction de leur taille et de leur poids : sables grossiers en haut, sables fins en bas. Les coloris dépendent directement des types de coquillages qui y sont incorporés. / © Aino Adriaens

Déposées en cordon sur le haut des plages, ces « laisses de mer » marquent d’une ceinture sombre le niveau quotidien de chaque marée haute.

Propreté contre nature

Par souci d’esthétique et de salubrité, de nombreuses communes s’emploient chaque été, avant l’arrivée des touristes, à débarrasser les hauts de plages de ces dépôts jugés malodorants ou simplement laids. Ce nettoyage systématique représente une catastrophe pour bon nombre d’espèces marines.

Les laisses de mer abritent en effet une foule d’invertébrés, puces de mer, larves de mouches et coléoptères qui, à coup de pinces ou de mandibules, réduisent en compost algues et déchets organiques.

Cette microfaune est avidement recherchée par les échassiers marins, qui fouillent le goémon dès que la mer se retire. Sur le littoral atlantique, le haut des plages est le site de nidification favori du gravelot à collier interrompu : les œufs de ce petit oiseau sont hélas souvent détruits par les tracteurs des éboueurs.

Enfin, les algues échouées jouent un rôle important dans la formation de la dune : c’est en effet dans cet engrais marin que germeront les plantes pionnières de la plage, capables de s’ancrer dans le sable et de le retenir contre vents et marées.

Os de seiche / © Christian König

Os de seiche

Ce radeau blanc et poreux est la coquille cachée d’un étrange mollusque : la seiche, proche parente des poulpes et des calamars. Rapporté à la maison, son squelette calcaire est un régal pour les oiseaux domestiques.

Puce de mer / © Christophe Courteau

Puces de mer

Soulevez le goémon et c’est la débandade : des dizaines de talitres ou puces de mer bondissent en tous sens et s’enfoncent dans le sable, la tête la première. Comme les gammares, leurs cousins d’eau douce, ces crustacés sont des éboueurs.

Méduses échouées / © Christophe Courteau

Pétrole

Une pâte noire et puante qui colle aux orteils ? C’est une boulette de fioul, cadeau des pétroliers et autres pollueurs des mers. Vous pourrez vous en débarrasser en frottant votre peau avec un chiffon imbibé d’huile.

Boulette de fioul / © Christian König

Méduses

Lors de tempêtes ou de vents violents, il arrive que les méduses s’échouent par dizaines sur les plages. Ne les touchez pas : leurs tentacules urticants peuvent brûler la peau et provoquer de sérieuses allergies en cas de récidive.

Quand la mer se retire, elle laisse sur les plages des coquilles vides, des carapaces, des plumes. Apprenez à la identifier avec le Miniguide n°22 de La Salamandre : Les laisses de mer.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la mer : Vacances à la mer

Couverture de La Salamandre n°175

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 175
Août - Septembre 2006
Article N° complet

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