Des racines au Levant

Aux origines de l'olivier / © Hans Van Eijsden

Selon le généticien Guillaume Besnard, la plupart des oliviers cultivés dans le sud de l’Europe ont un ancêtre sauvage oriental. Interview.

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Article d'origine par

Guillaume Besnard

Chercheur en évolution et diversité biologique

CNRS Université Toulouse III Paul Sabatier

Selon moi, ce n’est pas l’olivier sauvage oriental qui aurait été importé dans l’ouest du bassin méditerranéen mais sa forme domestiquée.

Guillaume Besnard, les oliviers que l’on voit dans les paysages méditerranéens sont cultivés. Mais existe-t-il une forme sauvage ?

Oui bien sûr, c’est l’oléastre. Il vit dans la garrigue, davantage sur les côtes, au milieu des chênes verts, pistachiers lentisques et autres arbustes typiques des milieux chauds et secs. Son allure est plus buissonnante avec des feuilles plus rondes que l'olivier cultivé, il produit de petites olives d’un demi-centimètre de diamètre à peine avec un noyau rond.

On trouve cet oléastre à l’état naturel en France ?

Oui, par exemple dans le massif des Maures, dans le Var, en Corse également. Même si à mon avis ce sont des recolonisations naturelles relativement récentes. L’intégrité génétique de la forme sauvage est en effet menacée par des croisements avec l’olivier cultivé qui diffuse son pollen un peu partout depuis les vergers homogènes. Si bien qu’il existe beaucoup d’arbres ensauvagés qu'il est facile de confondre avec l’oléastre véritable.

© Juan-Carlos Muòoz / Biosphoto

L’olivier que nous connaissons n’a donc pas été introduit par la civilisation grecque il y a 2 600 ans ?

Non. Nous avons la preuve aujourd’hui que l'olivier sauvage est présent naturellement dans tout le bassin méditerranéen depuis au moins cinq millions d’années. On distingue trois foyers importants de diversité génétique : le sud de l’Espagne et le Maroc, deuxièmement la mer Egée entre le Péloponnèse et l’ouest de la Turquie et enfin le Levant entre Israël et la frontière turco-syrienne. Ces régions sont probablement les refuges où l’oléastre a persisté pendant les grandes glaciations. Ailleurs, la diversité génétique est beaucoup plus faible, ce qui suppose probablement des extinctions successives alternées avec des phases de recolonisation.

Vos recherches semblent pourtant indiquer une origine orientale de tous les oliviers.

Pour être honnête, un débat culturel subsiste entre ceux qui pensent qu’il y a eu domestication indépendamment dans l’est et dans l’ouest de la Méditerranée et ceux qui estiment que cela s'est produit d'abord à l’est puis dans un second temps dans la partie occidentale par les Etrusques, les Grecs ou les Romains.

Selon moi, ce n’est pas l’olivier sauvage oriental qui aurait été importé dans l’ouest du bassin méditerranéen mais sa forme domestiquée. On pense que c’est dans le nord du Levant, soit l’actuel nord de la Syrie au contact de la Turquie et de Chypre, que l’homme a commencé à sélectionner et donc à cultiver l’olivier au moins 4 000 ans avant notre ère. Peut-être d’ailleurs pour le fourrage du bétail autant que pour le bois et les fruits.

Les voyages et les échanges culturels ont-ils fait le reste ?

C’est ça. Les peuples antiques et les déplacements des hommes à travers l’histoire auraient propagé les cultivars orientaux qui se sont ensuite largement mélangés aux oliviers sauvages locaux. Puis les hommes ont sélectionné certains de ces hybrides et les ont diffusés encore ailleurs et ainsi de suite (voir carte ci-dessous).

C’est pour cela qu'on retrouve des traces du génome des oléastres du Levant dans presque tous les oliviers cultivés autour de la Méditerranée.

© Jean-Luc Wisard, d'après Histoire de l'olivier aux éditions QUAE.

D’est en ouest

Principales voies de diffusion de l’oléiculture en Méditerranée datées d’après les sources archéologiques. La domestication aurait fait son chemin de l’Orient vers l’Occident, touchant peu à peu l’ensemble de la répartition de l’olivier sauvage.

D’où la grande diversité des variétés d’oliviers ?

Oui ! On compte plusieurs milliers de variétés sur le pourtour de la Méditerranée. Mais cette diversité est menacée par la sélection de plus en plus systématique des quelques formes les plus productives. De même, de nouvelles pratiques culturales comme les vergers irrigués à haute densité appauvrissent les communautés de champignons, de bactéries et de nématodes associées à cet arbre.

La notoriété de l’huile d’olive a fini par faire sortir l’olivier de la Méditerranée.

Oui, l’olivier cultivé a été introduit dans toutes les régions du monde au climat similaire. D’abord au Moyen-Orient, plus récemment en Californie, en Afrique du Sud ou plus loin encore. On observe des lignées cette fois bien différentes de la Chine à l’Arabie, au sud du Sahara ou à Madère. Des formes sauvages non méditerranéennes comme l’olivier africain s’hybrident désormais avec l’olivier cultivé. En Australie, en Nouvelle-Zélande et sur de nombreuses îles du Pacifique, l'olivier introduit au XIXe siècle est malheureusement devenu invasif avec un impact négatif sur la flore locale et sur de nombreuses espèces d'animaux.

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Couverture de La Salamandre n°240

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 240
Juin - Juillet 2017
Article N° complet

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