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Lycogala conicum / © Michel Poulain

Poires au vin, morilles bleues et perles de cuivre : le délire esthétique des myxomycètes explose de variété quand il est temps de fructifier.

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Diachea leucopodia / © Michel Poulain

Aussi longtemps qu’ils se promènent comme des limaces en laissant derrière eux une traînée transparente, la plupart des myxomycètes se ressemblent. Tout au plus peut-on distinguer ceux qui forment de gros plasmodes visibles et colorés - une minorité - de ceux qui restent si discrets et petits que nous ne pouvons pas les voir.

La fructification, c’est tout le contraire ! Elle produit une extraordinaire diversité d’architectures et de couleurs. C’est à ce stade-là que les passionnés déterminent l’identité des myxomycètes. Ces reliques presque imputrescibles, ils les conservent à l’épreuve du temps dans leurs collections savamment étiquetées.

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Lepidoderma tigrinum / © Michel Poulain

Baies et bouses

Chez Lamproderma columbinum par exemple, les fructifications ressemblent à de petits raisins bleu métallisé. Chez Lepidoderma tigrinum, on dirait des champignons au pied ventru. Chez Stemonitis herbatica, ce sont des bouquets de bâtonnets chocolatés qui virent progressivement du blanc au brun foncé ; chez Comatricha fusiformis, des poires au vin finement pédicellées. Et que dire des capsules suspendues de Craterium concinnum ou des morilles bleutées de Diachea leucopodia ? Fuligo septica est plus rustique. Son plasmode sèche en une pièce pour donner une espèce de bouse de vache jaune. Les Allemands parlent joliment de bouses de dragon. Dans certaines régions du Mexique, on en agrémente les tortillas.

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Cormatricha fusiformis / © Michel Poulain

Ces pièces montées magnifiques changent de forme, d’éclat, de reflets et de teintes au fur et à mesure de leur maturation. Souvent, elles finissent par se fendre : leur enveloppe s’ouvre ou même explose en un feu d’artifice vital. Le voyage des spores peut commencer. Il pourrait mener bien plus loin qu’on l’imagine…

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Arcyria globosa / © Michel Poulain

état de siège

Prenons une bonne loupe et observons : les fructifications des myxomycètes abritent une foule de petites bêtes qui se nourrissent essentiellement des spores. Des coléoptères de 2 ou 3 millimètres se sont même spécialisés pour cette nourriture particulière. Ils creusent des galeries dans les grandes fructifications et sont capables de les réduire en poussière en quelques jours. Puis ils partent à la recherche d’une nouvelle proie. Leur corps est couvert de spores qui profitent de ces taxis pour aller germer plus loin.

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Physarum psittacinum / © Michel Poulain

On découvre aussi des acariens. Pour en savoir plus, des chercheurs en ont enfermé dans une boîte avec leur nourriture préférée. Résultat : une partie des spores survit à la traversée de leur tube digestif. En plus, les acariens évitent de déféquer où ils mangent. Entre deux festins, ils se déplacent. Voilà qui arrange nos amibes géantes.
Et ça ? C’est le moucheron Epicypta testara. Il pond ses œufs sur les fructifications, mais parfois aussi à la surface des plasmodes. Ses larves se nourrissent de la gelée protoplasmique. Fait incroyable, leur métamorphose en pupes est exactement synchronisée avec le début de la métamorphose du myxomycète. Quand enfin la mouche adulte émerge des fructifications, elle porte elle aussi des spores qui voyageront par son intermédiaire. Entre ceux qui le grignotent et le myxomycète, c’est donnant donnant.

Couverture de La Salamandre n°171

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 171
Décembre 2005 - Janvier 2006
N° complet

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