Délicate hibernation

Le hérisson hiberne dans son nid préféré et se réveille de temps à autre. / © Laurent Willenegger

N’allez pas croire que les hérissons dorment d’une traite pendant cinq mois. La réalité est plus subtile.

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Le raccourcissement des jours annonce des temps difficiles pour le hérisson. En hiver, il risque de ne rien trouver à manger. De plus, sa fière armée de piquants l’isole très mal du froid. Une seule solution : faire des réserves en prenant un maximum de poids, puis dormir à poings fermés.

© Laurent Willenegger

Matelas de graisse

Pour les jeunes de l’année, l’exercice s’annonce particulièrement périlleux, car c’est la première fois que ces animaux inexpérimentés se préparent à affronter le froid. S’ils n’atteignent pas un poids minimal qu’on situe suivant les régions entre 450 et 510 grammes, leur vie sera en danger. Alors, les bêtes redoublent d’activité, élargissent leur menu à des fruits et chassent parfois jusqu’en plein jour. En 24 heures, les jeunes peuvent accumuler en moyenne 7 grammes de graisse.

Torpeur relative

Un jour d’automne, sans crier gare, la température corporelle du hérisson installé dans son nid préféré chute de 35 à 15 °C en quelques heures! Le voici plongé dans une torpeur complète. Quelques jours plus tard, surprise : il revient à lui avant de s’endormir à nouveau après trois ou quatre jours. En fonction de la température extérieure, les périodes de sommeil deviennent plus longues - pour atteindre une semaine en moyenne en plein hiver - alors que les phases d’éveil ne durent souvent plus que deux ou trois heures.

La délicate hibernation du hérisson - La Salamandre

© Laurent Willenegger

A en mourir

Ces réveils périodiques, pourtant très coûteux en énergie, lui sont indispensables pour éliminer en urinant les déchets accumulés dans son corps durant l’hypothermie. Parfois, s’il fait beau et chaud, le hérisson en profite pour sortir casser la croûte.

Le reste du temps, à l’abri dans sa cabane d’herbes et de feuilles mortes, il épargne ses réserves en ne respirant plus que trois ou quatre fois par minute. Dans le même temps, son cœur ne bat que huit fois contre cent quatre-vingts en temps normal. La température de son corps, à peine supérieure d’un ou deux degrés à celle de sa petite chambre, peut descendre jusqu’à 1 degré.

S’il gèle même à l’intérieur, le hérisson aux abois se réchauffe en se réveillant, quitte à consommer beaucoup d’énergie pour ne pas mourir gelé. De même, le malchanceux qui a presque épuisé ses réserves de graisse se réveille lui aussi. Si l’hiver n’est pas terminé, il est condamné.

2 grammes de graisse, telle est la quantité de réserves que brûle quotidiennement un hérisson endormi.

© Cyril Ruoso/Bios/Sutter

Contrairement à ce qu’on raconte, les hérissons ne dorment pas enroulés. Mais ils sont capables de se mettre en boule si on les surprend durant leur hibernation.

Comme en 76!

Le sommeil hivernal du hérisson n’est pas une nécessité. C’est un mode de vie à l’économie que l’animal adopte plus ou moins longtemps suivant les circonstances. D’ailleurs, dans le Sud de l’Europe ou en Afrique du Nord, c’est en été que dorment les hérissons, quand la campagne brûlée par le soleil ne leur offre plus rien à croquer. En 1976, année caniculaire, les hérissons étudiés par Guy Berthoud ont dormi en été pendant un ou deux mois et il n’y a presque pas eu de reproduction. Le même phénomène, appelé estivation, s’est probablement répété dans nos contrées en 2003.

Carburant empoisonné

Les réserves constituées en automne par le hérisson sont de deux natures. Sous la peau et dans le ventre, l’animal stocke une graisse blanche qui peut représenter 35 à 40 % de son poids au début de l’hiver. C’est dans ce combustible qu’il puisera jour après jour pour alimenter son métabolisme ultraralenti.

Sous les épaules et le cou s’accumule une autre graisse plus foncée. Grâce à ce supercarburant, le hérisson peut faire rapidement grimper la température de son corps de 30 °C lors de ses réveils périodiques.

Hélas, qu’ils soient bruns ou blancs, ces tissus adipeux ont la particularité d’accumuler beaucoup des substances toxiques ingurgitées en petites doses durant l’année par notre insectivore. Leur fonte presque totale en hiver libère tous ces poisons et peut achever en plein sommeil un hérisson précédemment intoxiqué à petit feu.

Retrouvez tous les articles du dossier hérisson : 700’000 paillassons et nous !

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Couverture de La Salamandre n°180

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 180
Juin - Juillet 2007
Article N° complet

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