De la place pour tous

Le développement effréné de notre société de loisirs risque de porter le coup de grâce au grand coq. Pourtant, la montagne devrait être assez grande pour tous. / © Vincent Munier

La gestion des forêts ne fera pas tout. En hiver et au printemps, les grands tétras ont besoin d’une tranquillité absolue. Comment la leur garantir sans multiplier les interdits ?

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Dans les forêts neuchâteloises comme dans les Préalpes, le déclin des grands tétras a suivi pas à pas la construction de pistes et de routes forestières. Les professionnels de la forêt, confrontés à une situation économique de plus en plus difficile, ont besoin d’améliorer les accès pour diminuer les coûts d’exploitation du bois. On les comprend.
Hélas, quand s’ouvrent ces dessertes, bûcherons et forestiers ne sont pas les seuls à les emprunter. Chacune de ces routes devient, d’ailleurs au mépris de la loi forestière, un boulevard à voitures qui fait reculer d’autant la nature sauvage. Coqs morts d’épuisement en hiver, places de chant disloquées, nichées perdues… C’est aussi parfois cela, notre sacro-sainte société des loisirs.

Partout en voiture?

Aujourd’hui, dans les Préalpes comme dans le Jura, on peut aller partout assis dans sa voiture. Dans le Parc jurassien vaudois par exemple, il n’y a plus un seul coin de forêt qui soit éloigné de plus de 15 minutes d’un accès carrossable. Est-ce normal ?
La réglementation du trafic sur les routes forestières est un tabou qui se heurte à de fortes résistances politiques. Soyons clairs : il n’est pas question de clôturer le Jura ou d’interdire à tort et à travers. En revanche, on peut rêver d’un découpage intelligent du territoire en zones accessibles en voiture, avec parking et aménagements, en secteurs accessibles uniquement à pied et en quelques espaces sauvages non interdits, mais rendus difficiles d’accès.
Voilà qui n’est pas en contradiction avec le développement d’un tourisme de qualité. Les promeneurs lassés de se ranger toutes les cinq minutes au bord du chemin pour laisser passer un automobiliste seront certainement enchantés par ces propositions.

Proposer, non pas interdire

Des projets prometteurs vont dans ce sens. Pour le district franc du Noirmont, entre La Givrine et la vallée de Joux, une carte touristique qui suggérera aux visiteurs des itinéraires pédestres remarquables est en préparation. Un bon moyen d’éviter les frustrations tout en détournant les randonneurs des dernières places de chant.
Dans notre culture latine et individualiste, les interdictions ont peu d’effet. Si on ferme certaines routes, il faut proposer des alternatives. Ce sera l’unique moyen d’assurer des refuges tranquilles aux animaux sauvages. Car il ne faut pas oublier que les coqs, certes particulièrement sensibles, sont loin d’être les seules victimes de notre omniprésence.

Promeneurs, que faire ?

Comment faire pour protéger le grand tétras - La Salamandre

© Philippe Emery

C’est en hiver et au printemps que l’ensemble de la faune sauvage et en particulier les grands coqs souffrent le plus des dérangements. Quelques règles simples pour limiter les dégâts :

  • En forêt, toujours garder les chiens en laisse.
  • Sortir le moins possible des itinéraires balisés.
  • Si on veut absolument quitter les chemins à pied ou en raquettes, rester le plus possible dans des milieux ouverts, combes ou pâturages. Eviter les forêts et zones accidentées qui servent de refuge à la faune.
  • Enfin, respecter les limitations de circulation sur les routes forestières.
Couverture de La Salamandre n°161

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 161
Avril - Mai 2004
Article N° complet

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