De dune en dune

Le long du littoral atlantique, les massifs dunaires peuvent s’étendre sur des kilomètres. Ces milieux sont hélas souvent menacés par des projets immobiliers ou dégradés par le piétinement. / © Benoît Perrotin

Dans le meilleur des cas, la plage se termine au pied d’un cordon de dunes. En dépit du vent et de la sécheresse, des plantes originales y croissent à califourchon entre terre et mer.

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Que serait la plage sans le vent, ce souffle chargé d’embruns qui décoiffe et saoule, qui pique et épuise ? Né de la puissance des courants marins, le vent est indissociable du littoral. C’est lui qui, au cours des millénaires, a élevé les dunes, ces remparts naturels qui dominent l’océan. Inlassablement il les façonne, les rehausse ou les déplace, transportant par tonnes le sable que la mer a déposé sur terre.

Aux premières loges

Défiant le vent, le sable, le sel et la chaleur, des plantes hors du commun se sont adaptées à cet habitat en mouvement. Les premières se rencontrent en haut de la plage, hors d’atteinte des marées de moyenne amplitude, mais néanmoins en zone enrichie par les laisses de mer qu’apportent les grandes marées. Cakilier, arroche des sables, pourpier de mer ou soude brûlée : ces espèces pionnières ont développé des racines profondes et des feuilles un peu grasses qui leur offrent une protection contre le sel et la sécheresse.

La blanche

Surplombant la plage viennent ensuite les plantes de la dune mobile, dite aussi dune blanche. Là, le sable clair et fuyant est piqueté de hautes tiges vert grisâtre terminées par un épi beige. Ce sont celles de l’oyat, une graminée capable de résister aux vents les plus violents.

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Equipé de puissants rhizomes ramifiés et de racines profondes, l’oyat supporte aussi bien le déchaussement que l’ensablement régulier. Pour limiter les pertes d’eau, ses feuilles sont enroulées sur les bords. La vigueur et la rapidité de réaction de l’oyat en font une plante fétiche des protecteurs du littoral : il est très souvent replanté pour restaurer les dunes dégradées par le piétinement, l’extraction industrielle du sable au large des côtes, ou par l’action des courants marins.

Le chiendent et la laîche des sables participent également à la fixation de la dune. S’ajoute à ces plantes essentielles le liseron des sables, dont les grands pavillons roses sont faciles à repérer.

La grise

Derrière la dune dite blanche, plus à l’abri du vent, s’étend un paysage bosselé couvert d’une végétation rase : c’est la dune grise. On l’appelle ainsi parce que son sable plus riche en humus a pris une teinte moins claire. Sur un tapis de mousse et de lichens croissent des espèces du littoral comme l’immortelle des sables et la queue-de-lièvre, une herbe à pompon soyeux très prisée dans les bouquets secs. Et aussi certaines plantes typiques des pelouses calcaires parmi lesquelles des orchidées. A la nuit tombée, la dune grise appartient aux lapins de garenne, qui ont creusé leur réseau de galeries dans le sable compact.

Les bruns tordus

Plus on s’éloigne de la mer, plus la végétation s’étoffe. Des arbustes apparaissent : argousiers le long de la mer du Nord, troènes et prunelliers en Bretagne, chênes verts et arbousiers au bord de l’Atlantique… Leur croissance est difficile. Ils adoptent un port rabougri et se courbent en drapeau sous l’action du vent, encore lui !

De dune en dune - La Salamandre

© Benoît Perrotin

Acquérir pour protéger

Avec ses feuilles bleutées épineuses et coriaces, le chardon maritime est un hôte prestigieux de la dune blanche. Menacée de disparition à force d’être cueillie, la plante est l’emblème du Conservatoire du littoral. Cet organisme public créé il y a 30 ans protège les côtes françaises par une politique d’achat de terrains. Quelque 880 km de rivages et 400 sites naturels, totalisant près de 90’000 hectares, sont aujourd’hui sous sa garde.

www.conservatoire-du-littoral.fr

Pour continuer de se balader sur la plage, partez à la baie de Saint-Brieuc. Photos et propostitions d'itinéraire dans notre article.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la mer : Vacances à la mer

Couverture de La Salamandre n°175

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 175
Août - Septembre 2006
Article N° complet

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