Des gouilles pour le calamite

Le crapaud calamite a besoin de plans d'eau temporaires et peu profonds pour sa reproduction. / © Sophie De Chambrier

Tout autour de Genève, les actions de sauvetage du crapaud calamite se multiplient. Un effort qui paie.

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Dans l’enceinte de l’aéroport de Genève, une série de gouilles creusées fin mars 2017 attendent son retour. Depuis 2013, une dizaine de plans d’eau ont été aménagés dans le canton pour protéger le très rare crapaud calamite. «Les nouveaux sites favorables peuvent être investis très rapidement par cette espèce pionnière et le nombre de juvéniles y être impressionnant», explique Sophie de Chambrier, présidente de l’antenne genevoise du Centre de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles de Suisse (KARCH-GE).

Le crapaud calamite a l’air d’apprécier ces efforts. «Ce printemps, dans l’ancienne gravière réhabilitée de La Feuillée au sud du canton, nous avons dénombré 32 adultes en un seul soir. Non loin de là, dans la zone aménagée en bordure de la gravière de Champs-Pointus, il y avait près de 15 000 têtards», se réjouit-elle.

Les nouveaux plans d’eau peuvent être colonisés très rapidement.

Des gouilles pour sauver le crapaud calamite - La Salamandre travaux chantier geneve aeroport

© Sophie De Chambrier

Reconnaissable à une fine ligne claire au milieu de son dos, ce crapaud est un amphibien particulièrement menacé dans toute la Suisse romande. «Avec un recul dépassant 63 % depuis 1985, c’est une des espèces qui a subi la plus forte régression. Cela principalement à cause de la destruction de son habitat», explique Jacques Thiébaud, un collègue du KARCH-GE.

Pourtant, il se contente de peu. Le crapaud calamite aime les zones d’herbe rase dans lesquelles il peut chasser. Mais au retour des beaux jours, il a surtout besoin de plans d’eau spécifiques pour sa reproduction. Ils doivent être temporaires, peu profonds et avoir des bords à pente très douce.

Il y a un ou deux siècles, on devait entendre partout les mâles chanter depuis les berges des lacs non régulés, les prés inondés ou même les flaques d’eau de pluie. Mais ces sites sont aujourd’hui devenus rares à cause des régulations et drainages multiples. «Cette espèce ne subsiste guère plus que dans des gravières, des chantiers et parfois des prairies ou cultures inondées. Elle est donc presque entièrement dépendante de l’activité humaine», ajoute l’herpétologue.

Dans certaines zones du canton, particulièrement en Champagne sur la rive gauche du Rhône, la situation du crapaud calamite est encore bonne par rapport à d’autres régions limitrophes. «Surtout grâce aux gravières qui y sont encore en activité, continue Jacques Thiébaud. Malheureusement la cadence d’exploitation met en péril l’efficacité de la reproduction des amphibiens.» Les têtards risquent d’être enterrés sous les remblais… Des actions de sensibilisation auprès des exploitants ont donc été entreprises. «Nous avons amené des employés des gravières à découvrir leur lieu de travail de nuit, lorsque le concert des calamites se fait entendre. Ces visites ont été une véritable révélation qui les a sensibilisés au destin du petit amphibien menacé.»

© Sophie De Chambrier

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Couverture de La Salamandre n°240

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 240
Juin - Juillet 2017
Article N° complet

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