La course aux pucerons

Une coccinelle bien nourrie pond une à deux fois par jour un lot de vingt à trente œufs. / © Gilbert Hayoz

Chaque fois qu’elle pond, la coccinelle tente un coup de poker risqué. La faute aux pucerons et à leurs mœurs nomades.

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Une fois remise de son jeûne hivernal, la coccinelle cherche à assurer sa descendance. Il lui faut pour cela pondre ses œufs à proximité immédiate d’une colonie de pucerons qui nourriront ses larves.

Poupées russes

Les pucerons se multiplient à une vitesse phénoménale. Sauf en automne, où femelles et mâles ailés se reproduisent de façon sexuée, tous naissent femelles du ventre d’un unique parent également femelle.

Observé à la loupe, le ventre d’un puceron laisse souvent deviner de petits points foncés. Ce sont les yeux de ses filles serrées les unes contre les autres dans ses entrailles. Dans ces insectes encore en gestation se développent déjà d’autres minuscules créatures. Eh oui ! Pour faire plus vite, les pucerons emboîtent comme des poupées russes leurs courtes générations.
Pourquoi tant de hâte ? Parce qu’ils dépendent de la sève des plantes qui leur fournit eau, sucres et protéines. Or ces dernières circulent dans la plante en très faible quantité et seulement pendant les périodes de forte croissance végétale : tout au plus quelques semaines au printemps, voire à nouveau en été pour les arbres.

© Gilbert Hayoz

Transhumances

Les pucerons sont condamnés à filtrer d’énormes quantités de sève pour capter ces précieuses protéines. Quant aux sucres en excès, rejetés par l’anus, ils forment le miellat. De plus, pour suivre la croissance des plantes et profiter de leur jus, les pucerons doivent fréquemment déménager.

Fondée par un seul individu, une colonie se développe vite, mais ne dure que quatre ou cinq semaines. Quand la sève devient moins riche, tout le groupe périclite. Seuls quelques pucerons ailés s’en vont ailleurs fonder de nouvelles colonies.

Les coccinelles adultes parviennent à suivre ces transhumances, mais leurs larves sans ailes n’ont pas la même mobilité. Si leur garde-manger s’épuise trop vite, elles n’auront d’autre choix que de se dévorer entre elles. Même les plus grosses, blessées par leurs congénères plus petites, risquent d’y laisser leur peau.

Jouer serré

Comment faire pour éviter une telle catastrophe ? Quand elle vole de plante en plante, une femelle coccinelle ne cherche pas seulement à manger. Ses prospections ont pour but de repérer une jeune colonie de pucerons en démarrage. Pas trop jeune tout de même, car les proies trop peu nombreuses seraient difficilement repérées par ses larves. Pas trop vieille non plus, pour que le cycle soit bouclé avant que la colonie ne s’effondre. La marge de manœuvre est étroite : il faut viser une colonie âgée d’une à deux semaines. Et surtout ne pas déposer trop d’œufs, au risque que les larves éradiquent prématurément leurs proies. Enfin, dernier souci : s’assurer qu’aucune autre ponte ou larve, qu’aucun relief de festin ne traînent dans les parages, sous peine que sa propre descendance finisse dévorée par des larves plus âgées.

Alors que les coccinelles mâles se contentent d’aligner les conquêtes parfois jusqu’en juin, on voit qu’au printemps les femelles ont fort à faire. Sur l’appréciation du bon endroit où déposer leurs œufs repose l’avenir de l’espèce. Et de leurs « adorables bambins » dont nous allons très bientôt faire la connaissance…

© Gilbert Hayoz

Des oeufs par milliers

Une coccinelle bien nourrie pond une à deux fois par jour, en des endroits minutieusement choisis, un lot de vingt à trente œufs. Un à deux mois lui seront nécessaires pour répartir ainsi ses quelque mille cinq cents œufs.

Retrouvez la totalité du dossier consacré aux coccinelles : Sur la piste des coccinelles.

Découvrez les grandes étapes de vie de la coccinelle dans notre article Une vie de bête à Bon Dieu.

Couverture de La Salamandre n°173

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 173
Avril - Mai 2006
Article N° complet

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