La couleuvre à collier, côté appétit

L’amphibien est ­généralement capturé par une patte arrière. Il est avalé petit à petit grâce à des mouvements de mâchoire. Puis il est poussé lentement vers l’estomac par la musculature du cou. La digestion prend 3 à 4 jours. / © Jean Chevallier

Suite de l'enquête sur le curieux rassemblement de couleuvres. Et si elles se donnaient rendez-vous pour croquer grenouilles et crapauds ?

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Que peut bien manger une couleuvre à collier dans une plaine agricole ? Au bord d’une rivière sauvage, on conçoit qu’elle trouve un réservoir de grenouilles. Mais entre un champ de maïs, un canal rectiligne et une haie maigrichonne, elle ne doit pas manger tous les jours à sa faim !

Appétit refroidi

Le métabolisme d’un serpent consomme beaucoup moins d’énergie que celui d’un mammifère ou d’un oiseau. Il peut donc supporter sans dommage de longues périodes de jeûne. Comme, par exemple, au réveil printanier et juste avant l’hivernage. En fait, à ces périodes, le faible ensoleillement ne permet pas au reptile de se réchauffer assez pour digérer ses proies. Le mécanisme est bien connu chez d’autres serpents comme la vipère péliade ou la couleuvre vipérine. La première voit ses enzymes digestives inhibées en dessous de 15 °C. Et sous la barre des 10 °C pour la seconde, la proie est systématiquement régurgitée.

Garder la ligne

Les informatrices du Seeland ne se sont pas révélées très bavardes sur leurs proies (voir notre article). Il faut dire qu’avant la ponte, les femelles se nourrissent peu. Ensuite, en juillet, elles filent dans les cultures. On suppose qu’elles y chassent les amphibiens.

Des couleuvres à collier du Sud de l’Angleterre également munies de radio-émetteurs se sont avérées plus coopératrices. On a pu déterminer qu’elles prenaient un repas important tous les 20 jours. Quel banquet leur permettait-il de tenir aussi longtemps ? Un simple crapaud. Aussi incroyable que cela puisse paraître, une couleuvre ne mangeait donc en moyenne que huit amphibiens adultes par an !

Dans les plaines agricoles, les amphibiens, en particulier les crapauds communs, constituent l’essentiel de la nourriture du serpent. Du têtard à l’adulte, tout est bon. Et les pustules gorgées de substances toxiques n’y changent rien. Viennent ensuite les poissons, et en dernier lieu les petits rongeurs et les oiseaux. Les couleuvreaux, quant à eux, se nourrissent d’invertébrés.

© Jean Chevallier

Marché manqué

Crapauds et grenouilles convergent en nombre vers les mares et les étangs au moment de leur reproduction printanière. Ce pourrait être une aubaine pour les couleuvres… et la clé de notre énigme. Mais à cette époque, c’est le réveil hivernal et ces serpents jeûnent. Ensuite, les amphibiens se dispersent dans la nature et les couleuvres font de même en les pourchassant. Si donc elles se rassemblent, ce n’est pas pour faire un festin au bord d’un étang.

© Jean Chevallier

Goûter l’air

Comme les autres serpents, la couleuvre dispose d’un étonnant sixième sens, à mi-chemin entre goût et odorat. Grâce à une encoche dans sa mâchoire supérieure, elle peut, bouche fermée, darder sa langue dans l’air environnant, collecter les infimes particules odorantes et les ramener dans deux logettes situées sous son palais. C’est ici que réside un extraordinaire laboratoire, l’organe de Jacobson, capable d’analyser les parfums les plus subtils. Le fait que la langue soit fourchue permet un examen séparé (gauche et droite) pour déterminer précisément la provenance des différentes odeurs.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la couleuvre à collier : Un serpent ! Sauve qui peut ?

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Couverture de La Salamandre n°179

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 179
Avril - Mai 2007
Article N° complet

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