Couleuvre cherche compost

Début juillet en milieu d’après-midi : une couleuvre à collier s’enfonce lentement dans un tas de compost pour y déposer ses œufs. La présence de plusieurs trous indique que d’autres femelles ont déjà pondu. / © Christine Wisler

Les sites de ponte naturels de la couleuvre à collier disparaissent. Offrons-lui des souches et des troncs creux, des tas de fumier et de compost !

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Charmeur de serpent

Couleuvre cherche compost - La Salamandre

© Christine Wisler

«Il est relativement simple d’offrir des sites de ponte aux couleuvres à collier» explique Ulrich Hofer, responsable de l’étude télémétrique dans le Seeland (voir notre article). «Toutes sortes de matériaux peuvent convenir. Déchets de coupe, sciure, feuillage, gazon. L’apport de quelques branches au centre du tas est recommandé. Les dimensions minimales sont d’1 m3, mais plus le tas est grand, plus il sera attractif. Placez-le dans un endroit bien ensoleillé, en lisière de forêt, en bordure de haie ou près de l’eau.»

« Pour aider les couleuvres, nous avons installé une quarantaine de composts dans les réserves naturelles bernoises. » Ulrich Hofer

L’entretien consiste à rajouter du matériel compostable afin de maintenir la fermentation. Il est souhaitable d’éviter tous travaux durant l’hivernage (novembre à mars) et la reproduction (juin à septembre). On peut essayer d’offrir plusieurs lieux de ponte en même temps, de façon à éviter une trop grande concentration des reptiles.

Troncs du Jorat

La couleuvre à collier est aussi d’une grande discrétion dans les bois du Jorat, aux portes de Lausanne. Pierre-Alain Leresche, du Service lausannois des forêts, passionné de reptiles, arpente depuis 15 ans cette vaste forêt du Plateau suisse. Ses observations de couleuvres se comptent sur les doigts de la main. Du moins jusqu’à ce que des promeneurs lui aient signalé que des dizaines de couleuvreaux émergeaient d’un tronc d’arbre ! Sur place, il a dénombré une trentaine de jeunes serpents et des centaines d’œufs éclos ! Le tronc avait été disposé en travers d’un chemin pédestre pour bloquer la circulation des voitures.

« Aujourd’hui, on rebouche les drains pour redonner à la forêt son rôle de château d’eau et de régulateur des cours d’eau. Les “ mouilles ” créées profitent aux couleuvres. » Pierre-Alain Leresche

La Ville de Lausanne a décidé de vouer ses 1’200 ha de forêt à l’accueil du public et à la nature. Une partie des routes vont être barrées par des troncs. Moins de risques de se faire écraser et plus de lieux de ponte: un nouveau paradis pour les couleuvres.

© Marc Tourrette

Fumier natal

Couleuvre cherche compost - La Salamandre

© Aino Adriaens

Jean-Claude Monney, correspondant du Karch (Centre suisse de protection des amphibiens et des reptiles), se souvient de 800 œufs trouvés dans le compost d’un apiculteur vaudois. « Soit la ponte d’une quarantaine de couleuvres ! Ces femelles étaient venues d’un marais situé à plusieurs centaines de mètres. On suppose qu’elles sont, comme les saumons ou les grenouilles, attirées par l’odeur du site. Peut-être retournent-elles aussi là où elles sont nées. »

Jean-Claude Monney n’a pas oublié non plus cette autre histoire, moins gaie celle-là. « Dans une ferme, un vieux tas de fumier avait été enlevé. Les couleuvres se sont présentées pour pondre. Mais elles n’ont pas trouvé leur site. Alors elles ont erré dans les environs… et se sont fait massacrer. »

« Les sites de ponte comme les tas de feuilles, de foin ou de fumier font cruellement défaut. On a trop la manie du propre .» Jean-Claude Monney

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la couleuvre à collier : Un serpent ! Sauve qui peut ?

Miracle de la nature qui se recycle, des légumes naissent au jardin autour du compost. Hop, une soupe, suivez la recette.

Couverture de La Salamandre n°179

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 179
Avril - Mai 2007
Article N° complet

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