Conquérantes et dominatrices

Knautie des champs (Knautia arvensis) / © Gilbert Hayoz

Celles que l'on appelle affectueusement «les petites fleurs» sont de vraies sex machines qui ont conquis la planète.

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L'invention de la fleur fait l'effet d'une véritable bombe dans le monde végétal. Son apparition voilà 150 millions d'années marque le début d'une explosion évolutive sans précédent. Nées dans les régions équatoriales, elles colonisent rapidement toutes les terres émergées. Aujourd'hui, elles dominent complètement le règne végétal et comptent plus de 300'000 espèces contemporaines décrites, soit les neuf dixièmes de la flore terrestre.
On attribue ce prodigieux succès au développement d'une collaboration inédite avec les insectes. En acheminant le pollen directement de l'étamine au pistil, une armée de pollinisateurs rend la rencontre des sexes infiniment plus efficace que ne l'était l'errance aquatique d'un anthérozoïde ou le coup de poker aérien d'un conifère. On pense aujourd'hui que cette relation entre la plante et l'insecte a été le moteur d'une coévolution qui a poussé les fleurs à se diversifier et en même temps certains groupes d'insectes à évoluer d'une manière tout aussi foisonnante.

Origine d'une séductrice

Les premiers chapitres de cette histoire sont probablement à chercher du côté de l'ordre des magnoliales. Parmi ces fleurs anciennes, très simples et parfois très grandes, figurent les magnolias, les nénuphars et les rafflesias, dont Rafflesia arnoldii, qui pousse en Malaisie. Avec un mètre de diamètre et onze kilos, c'est la plus grande fleur simple du monde !
Que nous disent les recherches en génétique les plus récentes ? D'abord que la fleur serait bel et bien apparue une seule fois dans l'histoire des végétaux, ce qui confirme l'existence d'un ancêtre unique duquel se seraient très tôt dissociées cinq principales lignées. Puis que c'est du côté de la Nouvelle-Calédonie que pousse l'une des clés de cette naissance encore malconnue. Petit buisson primitif et sans aucun proche parent, Amborella trichopoda serait le spécimen se rapprochant le plus de cet aïeul inconnu.

Préservatifs gigognes

Bien avant l'émergence de la botanique moléculaire, l'écrivain et savant allemand Johann Wolfgang von Goethe avait, à force d'observations, parfaitement pressenti l'histoire anatomique des fleurs. Dans son Essai sur la métamorphose des plantes paru en 1831, il explique comment la feuille est l'organe qui donne naissance à tous les autres. L'ensemble des pièces florales, qu'il s'agisse des pétales, des sépales, des étamines ou des carpelles de l'ovaire, résulte de la métamorphose d'une feuille. Ainsi une fleur n'est-elle rien d'autre que la contraction d'une série de feuilles spécialisées.
Entre autres fonctions, la fleur protège le gamète femelle. Grâce à une série d'enveloppes en poupées gigognes, ce dernier jouit d'une sécurité accrue par rapport à un cône de pin. L'oosphère est enfermée dans un ovule, lui-même encapsulé dans un ovaire, lui-même protégé par les pétales d'une corolle quand la fleur est encore en bouton, et eux-mêmes finalement emballés par les sépales d'un calice. Après fécondation, ces enveloppes se perpétuent dans la deuxième grande innovation des plantes à fleurs qui protège les graines : le fruit ! Tantôt puissamment cuirassé, tantôt délicieusement charnu ou léger et plumeux. Mais cela est une autre histoire...

Couverture de La Salamandre n°214

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 214
Février - Mars 2013
Article N° complet

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