Guano et compagnie

Grand murin spécialiste de la chasse aux carabes du sol, ici sous les combles. / © Yann Le Bris

Combles, bardages, toitures, volets, caves, greniers… l'homme a invité malgré lui la chiroptères dans son quotidien. Un voisinage à histoires.

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Courant mai, dans une grande bâtisse près de Nevers (Nièvre). ça s'agite sur le plancher du grenier cet après-midi. Deux hommes en plein débat pointent du doigt la charpente. Le propriétaire a fait appel à un médiateur naturaliste reconnaissable à sa lampe frontale et à son attirail de scientifique. C'est que l'armée poilue, odorante et bruyante est de retour sous le toit. Une centaine de grands murins, l'une des plus grandes chauves-souris d'Europe. Essentiellement des femelles agglutinées qui ont l'intention de mettre bas ici.
Guano et urine s'accumulent sur le plancher vieillissant. Odeur et infiltrations atteignent les pièces de vie juste en dessous. Le squat est en question.
La loi protège le grand murin comme toutes les autres espèces de chauves-souris. Par chance, le propriétaire n'est pas hostile à ces animaux qu'il apprend à connaître grâce au biologiste bénévole appelé à la rescousse. Finalement, il sera décidé de cloisonner ce grand espace peu utilisé en deux : un tiers pour les murins avec une bâche par terre, deux tiers pour les hommes. Le guano sera récupéré chaque année et employé comme engrais au jardin. Hélas, ce genre d'histoire ne se termine pas toujours si bien. Le téléphone et Internet ne suffisent que rarement pour résoudre des soucis concrets de cohabitation entre homme et les chiroptères. Une visite sur place est souvent nécessaire avec une bonne dose de pédagogie, de dialogue et de patience. Pour qu'en fin de compte le retour des chauves-souris dans la maison soit aussi bien accueilli que celui des hirondelles.

Les chiroptères et la lumière

Si la pipistrelle commune semble peu dérangée par la lumière artificielle, beaucoup d'autres chauves-souris fuient les éclairages et sont dites lucifuges. La pollution lumineuse peut alors provoquer l'abandon de gîtes, la déviation de couloirs de vols et la réduction des espaces de chasse.

 Toilettes sèches

On commence souvent par déceler la présence de chauves-souris chez soi en découvrant leur guano. Ces petites crottes similaires à celles de rongeurs sont en fait nettement plus friables. Entre les doigts, elles s'effritent en paillettes noir brillant à l'aspect sec : ce sont les restes solides des insectes consommés.

Pour en savoir plus

Eric Petit de l’INRA révèle tout ce que les grands murins bretons peuvent apporter à la science du vieillissement.

Saviez-vous qu'aucune maladie liée au guano n'est connue en Europe? Eh oui, le guano n'est pas une horrible saleté toxique. Découvrez d'autres préjugés et diabolisations du passé qui collent encore la peau des chauves-souris.

Couverture de La Salamandre n°230

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 230
Octobre - Novembre 2015
Article N° complet

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