Demoiselles voraces

Si un mâle de coccinelle se contente de quatre ou cinq proies par jour, les femelles ont besoin d’en dévorer quotidiennement une vingtaine pour grossir et faire mûrir leurs œufs. / © Gilbert Hayoz

Sous ses airs gais et débonnaires, la coccinelle révèle un terrible appétit. Une aubaine pour jardiniers et agriculteurs… mais pour les pucerons, quel cauchemar !

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Dictons populaires, BD, porte-clés, timbres, voitures : la coccinelle est partout ! Si cet insecte porte-bonheur jouit d’une si bonne réputation, c’est d’abord qu’il est extraordinairement utile. Depuis que l’homme cultive la terre, chaque printemps la coccinelle vole à son secours. Affamée par un jeûne de plusieurs mois, la belle arrondie n’a qu’une seule idée : croquer, sucer, engloutir du puceron.

Tâtonnements

Sa stratégie est d’une redoutable efficacité. La coccinelle se pose au petit bonheur la chance sur une feuille de rosier ou d’ortie. Comme un fauve en chasse, elle adopte les mêmes habitudes que ses proies : elle longe les nervures où les pucerons aiment s’abreuver. Elle monte comme eux pour explorer l’extrémité supérieure des tiges en pleine croissance et le bord des jeunes feuilles.

Coccinelles : Demoiselles voraces - La Salamandre

© Gilbert Hayoz

Si rien ne se présente, il ne lui reste qu’à s’envoler et poursuivre ailleurs sa quête. Mais au cas où elle détecte une gouttelette de miellat, indice de l’activité d’un puceron, la coccinelle adopte un comportement nouveau. Elle change sans arrêt de direction. Elle opère des virages serrés pour explorer méthodiquement les alentours immédiats. Et si un puceron s’approche à moins d’un centimètre, elle lui fiche en un instant ses deux mandibules dans le corps.

A l’abordage !

Un petit puceron s’avale tout rond. Si la proie est plus grosse, la coccinelle lui injecte des sucs digestifs dans le corps avant d’en aspirer tout le jus. Vidé de sa substance, le puceron se dégonfle comme une baudruche. Et si cette première rencontre la met en présence d’une colonie de ces insectes, la coccinelle enchaîne les attaques meurtrières.

Comment fuir ?

Face à l’irruption de cet ogre, les pucerons ne sont pas totalement démunis. Leur vue, apparemment meilleure que celle de la coccinelle, leur permet d’esquiver les attaques. Ils peuvent aussi se laisser tout simplement tomber hors de sa portée. Enfin, un puceron attrapé se débat vigoureusement, voire abandonne pour se sauver une patte entière dans les mâchoires ennemies. Certains projettent même sur leur agresseur un enduit visqueux qui l’aveugle momentanément et lui fait lâcher prise.

On le voit, la partie n’est pas gagnée d’avance. Il faut parfois à la coccinelle plusieurs tentatives pour arriver à ses fins. Reste que son retour dans les champs et les plates-bandes provoque une véritable hécatombe chez les pucerons. Et ce n’est que le début…

Sur la piste

C’est la détection de leurs gouttes de miellat et de leur odeur qui met les coccinelles sur la piste des pucerons. La vue ne jouerait un rôle qu’au moment de leur capture.

Les feuilles du peuplier abritent un royaume insoupçonné. Rendez-vous à deux pas de chez vous pour découvrir la galle et sa société de pucerons.

Retrouvez la totalité du dossier consacré aux coccinelles : Sur la piste des coccinelles.

Couverture de La Salamandre n°173

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 173
Avril - Mai 2006
Article N° complet

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