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La coccinelle asiatique, Harmonia axyridis / © Gilbert Hayoz

Erigée en symbole de l’agriculture biologique, la coccinelle peut conduire à de véritables catastrophes en cas de mauvaise utilisation. L’exemple belge.

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A la fin du XIXe siècle, les cultures fruitières californiennes sont frappées par une véritable calamité. Une cochenille accidentellement débarquée d’Australie dévaste les vergers. Heureusement, un entomologiste d’avant-garde a l’idée d’y introduire une petite coccinelle couleur lie-de-vin, elle aussi australienne. Elle va éradiquer le fléau en trois ans à peine. Cette utilisation de coccinelles sera imitée aux quatre coins de la planète, pas toujours avec le même bonheur.

Du vivant, pas du chimique !

A partir de 1925, l’intérêt que suscitent ces coléoptères retombe. Le temps est aux insecticides et bientôt au DDT, redoutablement efficace. Son emploi se généralise peu après la Seconde Guerre mondiale. En empoisonnant les ravageurs des cultures, on introduit en même temps dans la nature des substances toxiques, et on décime au passage les meilleurs alliés des agriculteurs, coccinelles ou oiseaux insectivores.

Aujourd’hui, heureusement, la protection des cultures avec des auxiliaires biologiques est de nouveau d’actualité. Un jardinier responsable a tout intérêt à favoriser la présence de coccinelles dans ses plates-bandes (> encadré). Mais l’usage à grande échelle des bêtes à bon Dieu peut réserver de mauvaises surprises quand on les fait venir de l’autre bout du monde.

Venues de Chine

Depuis la fin des années quatre-vingt, la coccinelle Harmonia axyridis, originaire de Chine, est utilisée dans le monde entier pour lutter contre les pucerons et les psylles des cultures en serre. La bête est prolifique, facile à élever et surtout extraordinairement vorace… Un peu trop même, puisqu’elle s’attaque également aux coccinelles locales, à toutes sortes d’autres insectes et aux fruits des vergers.

En peu de temps, la coccinelle asiatique échappe à tout contrôle. En Belgique, où elle est en vente depuis 1997, la nouvelle venue colonise la Flandre en quatre ans. Au moment de l'écriture de cet article, c'était la coccinelle la plus répandue à Bruxelles et on commençait à l’observer dans le sud du pays. Alors que sa vente vient d’être stoppée, des foyers ont également été signalés en Allemagne et en Grande-Bretagne.

Jusqu’au dégoût

Harmonia axyridis a un autre défaut. Elle envahit en masse les habitations en hiver. Dans certaines régions des Etats-Unis où elle a également été introduite, il semble que le mot coccinelle ne rime plus du tout dans l’esprit du grand public avec bestiole sympathique.

Quand un insecte pullule dans votre maison, si joli et coloré soit-il, il dérange, voire dégoûte. Que faire ? La société Biotop, qui commercialisait ces insectes, propose désormais une souche particulière de coccinelles asiatiques incapables de voler. Celles-ci auraient l’avantage de ne pas s’éloigner des cultures où leur présence est souhaitée. Ne vaudrait-il pas mieux cesser de jouer aux apprentis sorciers et commercialiser, puis relâcher exclusivement des espèces présentes dans la faune régionale ?

Petit à petit...

Sur la carte ci-dessous, découvrez l’expansion en quatre ans d’Harmonia axyridis en Belgique, à partir de son introduction dans la région de Gand.

© Groupe de travail Coccinula

Retrouvez la totalité du dossier consacré aux coccinelles : Sur la piste des coccinelles.

Le loup est lui aussi en expansion, découvrez un état des lieux de son extraordinaire mais fragile reconquête de l’Ouest dans notre infographie.

Couverture de La Salamandre n°173

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 173
Avril - Mai 2006
N° complet

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