Toute une ville pour un oiseau

Rougequeue à front blanc / © Yves Bilat

A La Chaux-de-Fonds, le rougequeue à front blanc peut compter sur des ornithologues qui recréent son habitat en milieu urbain.

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Gorge ébène, traîne et poitrail roux, Maître Rougequeue à front blanc, sur son arbre perché, contemple sa résidence estivale : un quartier de villas de La Chaux-de-Fonds Début août, ce mâle n’a plus le cœur à chanter. Les sérénades d’avril lui ont déjà permis de séduire sa dame et d’assurer sa descendance.
Le grand migrateur pense-t-il à son voyage vers le Sahel où il passera l’hiver ? Plus qu’une poignée de jours avant le départ. Ou peut-être admire-t-il le travail des ornithologues qui se démènent pour le sauver. « Cet oiseau figure parmi les espèces vulnérables, explique Valéry Uldry, biologiste et chef du projet Réseau espaces verts en ville de La Chaux-de-Fonds. Agriculture et urbanisation ont eu raison des vergers pâturés où vivait le rougequeue à front blanc. Les sécheresses des années 1980 en Afrique subsaharienne ont contribué à son déclin. »

Nichoir à rougequeue à front blanc

Nichoir à rougequeue à front blanc / © Christine Wuillemin

Il ne reste que 12 000 à 18 000 couples en Suisse. Une population en constante diminution depuis la seconde moitié du XXe siècle selon la Station ornithologique suisse. A La Chaux-de-Fonds, 50 couples, soit un tiers des effectifs neuchâtelois, ont trouvé refuge dans des parcs et jardins de la ville.
Mais ces oasis sont rares et éloignées les unes des autres. Les ornithologues ont cartographié la ville pour identifier les zones qui, moyennant de petites adaptations, pourraient devenir des couloirs verts et même des hôtels pour l’oiseau exigeant. « Il a besoin de prairies fleuries riches en insectes dont il se nourrit, mais aussi d’herbe rase où il peut les attraper et de hauts arbres desquels il peut repérer ses proies et chanter. Sans oublier des cavités pour nicher », détaille Valéry Uldry.

Des habitants ont déjà réaménagé leur jardin sur notre modèle. En Touraine, la biodiversité choisit aussi la vigne.

Le rougequeue à front blanc protégé à La Chaux-de-Fonds

Le biologiste Valéry Uldry (à gauche) et le jardinier Jean-Daniel Laesser ont transformé le quartier d’immeubles de Beau-Site en paradis pour le rougequeue à front blanc. / © Christine Wuillemin

Le biologiste a convaincu les régies et propriétaires privés de deux quartiers tests de changer leurs habitudes pour favoriser le passereau. Pose de nichoirs, plantation d’arbres et de buissons indigènes, alternance d’herbe haute et de gazon. Si le résultat convient à celui que l’on appelait autrefois le rossignol des murailles, il ravit aussi une ribambelle d’animaux et de plantes. « En deux ans, bourdons, marguerites et orchis tachetés sont revenus. Pour le front blanc, il faudra attendre un peu », sourit Jean-Daniel Laesser, jardinier du quartier Beau-Site.
L’objectif est maintenant d’appliquer ce principe à grande échelle. La commune va d’ailleurs intégrer ce réseau d’espaces verts dans son plan d’aménagement local. « Des habitants ont déjà réaménagé leur jardin sur notre modèle. Preuve que le message de sensibilisation passe », se réjouit Valéry Uldry. A ne pas manquer, une exposition interactive informe le visiteur sur la meilleure manière d’accueillir le bel oiseau chez soi. Elle est à découvrir jusqu’en octobre au Bois du Petit-Château. Maître Rougequeue à front blanc, tu peux t’en aller le cœur léger. Car c’est toute une ville qui prépare ton retour.

En Touraine, la biodiversité aime la vigne.

Couverture de La Salamandre n°247

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 247
août - septembre 2018
Article N° complet

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