Il protège les châtaigniers du bocage vendéen

Vieux châtaignier mort dans le bocage du Pays de Pouzauges. / © Jean-Philippe Paul

Au nord de la Vendée, habitants et protecteurs de la nature œuvrent pour les vieux châtaigniers, seigneurs du patrimoine champêtre.

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Rouurr rouurr rouurr… En cette fin mai, la bande-son du bocage vendéen tourne en boucle de l’aube au crépuscule. Vous voulez apercevoir son auteur-compositeur ? Alors guettez les branches sèches d’un arbre dominant. Là ! Une silhouette de pigeon svelte se détache sur le ciel rosé : la tourterelle des bois. Ce migrateur au long cours, très menacé, semble plus épanoui ici que partout ailleurs en France. Un des nombreux atouts nature dont peut se targuer le très champêtre Pays de Pouzauges, situé à mi-chemin entre Nantes et Poitiers.

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Et si vous exploriez ce maillage végétal, tissé de haies épaisses et arborées, abritant autant de sentiers mystérieux que de cachettes à bestioles. Tel un gardien d’un passé menacé par l’oubli, le châtaignier tient une place spéciale dans le cœur de Pierre-Yves Marquis, du Centre permanent d’initiatives pour l’environnement Sèvre et Bocage. « Depuis le XVIIIe siècle, le châtaignier s’est implanté durablement dans le Haut-Bocage vendéen et il est devenu emblématique du paysage », raconte le chargé d’études passionné par l’histoire de cet arbre. Originaire de Méditerranée, le châtaignier a été introduit par l’homme dans une grande partie de l’Europe. Ici, on le cultivait en taillis sur les buttes sèches pour la construction et pour les piquets de clôtures agricoles, mais aussi en têtard pour le bois de chauffage. Surtout, les agriculteurs l’ont planté de manière isolée dans les champs pour produire des châtaignes. Au début du XXe siècle, le fruit de l’arbre à pain a encore une importance économique majeure sur le marché du bourg voisin de Saint-Mesmin.

« Les fermes du secteur possédaient toutes un ou plusieurs châtaigniers et la technique de la greffe permettait de sélectionner les meilleures variétés », précise Pierre-Yves Marquis. Puis l’agriculture s’est modernisée et d’autres ressources alimentaires ont détrôné les rois du bocage. Au fil du chemin, vous ne manquerez pas de voir leurs carcasses défeuillées et leurs troncs nus. Avec eux, un savoir-faire s’est éteint. Alors il y a dix ans, Pierre-Yves Marquis s’est fixé une mission passionnante : relier les paysans d’aujourd’hui à leur passé. Avec l’ambition de relancer la production locale de marrons dans un contexte où la France importe 60 % de ses châtaignes.

Le spécialiste relate le résultat de son enquête : un seul octogénaire maîtrisait encore la greffe du châtaignier ! « Il était temps de pallier la disparition programmée des variétés locales de notre arbre emblématique. » Bilan : l’association du professionnel et des habitants a permis de greffer en moyenne 200 châtaigniers par an depuis 2015. Bientôt, les jeunes arbres de la renaissance porteront leurs fruits charnus et le bocage vendéen retrouvera son âme.

© Denis michaluszko

Haies et chemins creux

Au gré de vos pas, contemplez les châtaigniers dépérissants qui côtoient noisetiers, chênes pédonculés, frênes, merisiers, troènes, prunelliers, aubépines et autres cornouillers dans un décor bucolique. Ce paysage maillé est un héritage de plantations datant de la fin du Moyen Age. Malheureusement, la moitié des haies a disparu depuis les années 1960. Or, n’est pas bocage n’importe quel buisson oublié. Pour être définie ainsi, la campagne doit compter au moins 60 m de linéaire par hectare. Ce n’est pas rien ! Au pied des haies les plus anciennes, le fragon ou petit houx érige ses feuilles piquantes comme s’il en protégeait l’accès.

Et si l’on pénétrait malgré tout dans l’un de ces tunnels luxuriants ? Voyez, cela ressemble à un passage secret dans la campagne, à l’abri des regards et de la lumière. Comme Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson, se faufiler parmi les fougères est l’occasion de renouer avec ses souvenirs d’enfant et de se connecter à l’histoire des lieux. Combien de maraudes, de flâneries insouciantes, de voleurs en fuite, d’amoureux illégitimes ou de soldats en retraite ont-ils emprunté ces sentes avant vous, au point de les creuser ? Les plus vénérables des arbres le savent... Vous n’êtes jamais vraiment seul, la nature est là. En ce début d’été, les frondaisons foisonnent.

Coucous, huppes, bouscarles, hypolaïs et fauvettes entonnent l’hymne du bocage avec la tourterelle. Mille créatures vous guettent aussi sans se montrer. Le carabe, le mulot et le crapaud en font certainement partie. Au loin, lorsque la lumière pointe, vous hésitez à sortir. Et une fois à découvert, vous rêvez de courir le long du blé où la caille bégaie. Puis vous filez comme le lézard vert ou la fouine jusqu’au prochain sentier abrité, gardé par la mémoire d’un immense châtaignier dénudé.

Le bocage est un milieu naturel rare, découvrez la faune qu'il abrite.

Regardez la bande-annonce de notre film la haie à tous les étages.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Avec les gardiens du bocage"

Couverture de La Salamandre n°252

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 252
Juin - Jullet 2019
Article N° complet

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