Petite Provence vaudoise

Balcon ensoleillé sur le lac de Neuchâtel, la Chassagne abrite plus de 300 espèces de plantes. / © Alessandro Staehli

Couchée au pied du Mont Aubert, la Chassagne d'Onnens transpire le Sud. Vadrouille à travers la plus belle prairie à orchidées au pied du Jura vaudois.

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Des chênes séculaires encerclent la prairie parsemée de sauges et de trèfles pourpres. Une multitude de bourdons et de papillons fait frémir les graminées et remplit les airs de vrombissements. En fermant les yeux et en imaginant le bruit du ressac, on pourrait presque se croire au bord de la mer ! Pourtant, la Chassagne d'Onnens se trouve à deux pas de Grandson, en Suisse, loin de la Méditerranée. Mais son aspect rappelle celui de la garrigue, cette végétation typique du Midi sur sols calcaires secs. Au XXe siècle, le botaniste genevois Robert Chodat nommait « garides » ces prairies sèches au pied du Jura. Un néologisme heureux qui résulte de l'union des termes garrigue et aride.

Peu d'eau, beaucoup de vie

Au printemps, partout la nature est exubérante et pleine de couleurs. Moins ici. La Chassagne paraît pâle. En raison des sols minces et de la pente exposée au sud, la pluie s'infiltre rapidement ou ruisselle sans constituer une réserve d'eau pour les plantes. Une contrainte pour la vie, qui s'exprime pourtant ici dans toute sa diversité.
Dès 11 h du matin, le soleil enfièvre les dalles calcaires. L'ambiance sécharde donne soif. Dans ces coins à vipères, de minuscules draves du printemps fanées depuis quelques semaines exhibent leurs silicules. Ces fruits allongés contiennent les graines qui permettront à la plante de renaître le printemps suivant, aux premiers redoux de mars.
Autour de ces rochers affleurants, d'autres types de végétation s'imbriquent pour former une mosaïque de pelouses sèches et maigres, de prairies peintes d'orchidées et d'îlots de buissons épineux. Tout autour, une chênaie dense et fermée cache jalousement l'histoire des lieux.

De la forêt à la prairie

Alors, nature sauvage ? Pas entièrement. Ce bout de terre au goût de Sud n'existerait pas sans la main de l'homme. L'étymologie du lieu-dit est sans équivoque : Chassagne dérive du vieux français Chasne, qui signifie chêne ! Après le retrait du glacier du Rhône, il y a 10'000 ans, la forêt avait recouvert toute la région. Au néolithique, l'homme a défriché le pied du Jura pour obtenir du bois de construction et de feu. Pendant des siècles, la pâture et la fauche extensive ont gardé ces milieux ouverts et richissimes. Aujourd'hui, quelques moutons et un forestier passionné défendent contre la forêt ce sanctuaire de biodiversité.

Eclairage par Pierre-Yves Masson

Pierre-Yves Masson

garde forestier

  • 1956 Naissance à Payerne (Vaud).
  • 1973 Commence un apprentissage de forestier-bûcheron.
  • 1977-78 Voyage découverte en Australie.
  • 1992 Formation de garde forestier à Lyss.
  • 1993 Reprend la gestion du triage de Concise qui comprend la Chassagne d'Onnens.

« Sans interventions humaines, la plus grande partie des prairies maigres et sèches de la Chassagne d'Onnens disparaîtrait à cause de l'avancée de la forêt. Paradoxalement, pour maintenir la garide à ce stade foisonnant de vie, on doit lutter contre l'évolution naturelle du milieu, ce qui demande un grand investissement de temps, d'argent et d'énergie. La dynamique de la nature est époustouflante. En extrapolant d'après des photos aériennes de différentes époques, il faudrait moins d'un siècle pour que la garide soit totalement envahie par les prunelliers, les églantiers et d'autres buissons. Pour éviter ce reboisement, la Chassagne est entretenue depuis 1996 selon un plan de gestion élaboré par des biologistes. Les budgets alloués à la garide ont permis par exemple de commencer la chasse au frêne. Cette essence extrêmement dynamique est le principal ennemi de ces prairies fleuries. Adaptable, rapide et compétitif, Fraxinus excelsior s'est largement répandu suite à la déprise agricole. Sans régulation, il recouvre tout, en suffoquant les herbacées et en évinçant le chêne, l'espèce typique de ces coteaux arides exposés au sud. Après plusieurs campagnes d'intervention avec mon équipe de forestiers, nous avons l'espèce sous contrôle. On procède maintenant au recul de certaines lisières, en redonnant de la place au noisetier et en rouvrant les milieux… De l'oxygène pour la biodiversité ! »

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

distance: 6,5 km

dénivelé:140 m

durée: 2h30

  • (1) Traverser le village.
  • (2) A la bifurcation, suivre la route goudronnée de droite.
  • (3) Prendre à gauche pour découvrir la vraie ambiance de la garide et revenir ensuite en arrière. 4 80 m après le refuge, continuer de suivre le chemin de gauche et poursuivre tout droit dans la prarie (chemin absent).
  • (5) Tourner à droite après 400 m et retrouver la route qui descend de « La Coudre ».
  • (6) Descendre jusqu'à Bonvillars.
  • (7) Prendre à gauche pour rejoindre le point 2 de l'itinéraire.

Accès en transports publics

Le village d'Onnens est facilement atteignable avec la ligne de car postal 630 (Yverdon-les-Bains - Gorgier-St-Aubin). Descendre à l'arrêt « Croisée ». Horaires sur http://cff.ch

Manger & dormir

Office du tourisme de Grandson +41 24 445 60 60, http://grandson-tourisme.ch

Pizzeria Chez Tony, à Grandson. Cuisine italienne et régionale. +41 24 445 13 25, http://cheztony.ch

Restaurant du Cercle de la Voile, à Grandson. Belle terrasse au bord du lac. +41 24 445 40 55

Hôtel Bellevue, à Onnens. Restaurant de charme avec feu ouvert. 10 chambres disponibles. +41 24 436 13 26, http://bellevue-onnens.ch

Bed & Breakfast Jacques et Eva-Märta Buri, à Onnens. Dans une superbe maison campagnarde du XVIIe. +41 24 436 25 24, http://goo.gl/SbwYIE

Matériel & règles d'or

  • Chaussures fermées et pantalons longs conseillés.
  • Boissons en abondance et spray anti-tiques.
  • Faune et flore très sensibles : suivez l'itinéraire sans sortir des chemins.

Ailleurs dans la région...

A) Le Château de Grandson A dix minutes de bus du village d’Onnens se trouve Grandson. Cette bourgade de 3200 habitants abrite une superbe forteresse médiévale. Salle des Guerres de Bourgogne, salle des tortures, collection d'armes et d'armures ou musée régional lacustre : l'offre est bien étoffée ! [http:// chateau-grandson.ch ](http:// chateau-grandson.ch)

B) La promenade Robert Hainard Baptisée du nom du célèbre peintre naturaliste genevois, cette boucle à l'embouchure du Mujon (Yverdon-les-Bains) est idéale pour découvrir les oiseaux du lac et ses nombreuses espèces migratrices. Le site a été aménagé par le Cercle ornithologique et de sciences naturelles d'Yverdon (COSNY).

C) La Grande Cariçaie Située en face de la garide d'Onnens, elle constitue le plus grand ensemble marécageux lacustre de Suisse ! On y trouve 800 espèces végétales et 10’000 espèces animales, soit le quart de la flore et de la faune suisses. Profitez-en pour faire un saut au Centre Pro Natura de Champ-Pittet. http://grande-caricaie.ch, http://pronatura-champ-pittet.ch

Balade à la Chassagne d'Onnens, la Provence vaudroise

© Alessandro Staehli

D) Le Musée de la vigne et du vin de Boudry Après une promenade dans la garide, pourquoi ne pas visiter le lieu dévolu à l'histoire de la vigne neuchâteloise ? Le Château de Boudry abrite l'œnothèque cantonale et le Musée de la Vigne et du Vin. En parcourant ses salles, le visiteur peut découvrir plus de deux mille ans d'histoire viticole et déguster les vins <http://du cru dans leur diversité.>

E) Le Creux-du-Van Ce renommé cirque rocheux se situe au cœur d'une réserve naturelle dans le Val de Travers (Neuchâtel). Localisé à une altitude de 1400 m, il mérite une excursion d'une journée avec chaussures et habits de montagne. http://goo.gl/NsbN3J

Couverture de La Salamandre n°221

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 221
Avril - Mai 2014
Article N° complet

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