Semons le seigle d’antan

A Erschmatt, la récolte d’une ancienne variété de seigle se fait à la main. / © Roni VonMoos-Schaub

En Valais, le jardin botanique d’Erschmatt fait revivre d’anciennes variétés. Un vrai bonheur pour toute une faune et une flore menacées.

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Dans un petit village de la commune de Loèche se niche un jardin pas comme les autres qui fleure bon l’ancien temps. Le jardin botanique d’Erschmatt s’engage pour préserver biodiversité et traditions d’antan. Son directeur, Roni Vonmoos-Schaub raconte le double enjeu : « Nous cultivons d’anciennes variétés oubliées. Dans les cultures actuelles, elles ont malheureusement été remplacées par des variétés plus modernes. Et puis, par souci de productivité, les champs ont été déplacés en plaine, dans des terrains accessibles aux machines. »

Afin de ne pas perdre ces éléments de notre patrimoine, des souches traditionnelles des régions alentour ont été consciencieusement collectées et cultivées dans le jardin depuis plus de 30 ans. Il y a les pommes de terre du Lötschental, les petits pois de la vallée de Conches ou encore le maïs de Chamoson, l’orge de Grimentz, le blé de Viège et le seigle d’Erschmatt. Ce dernier vaut d’ailleurs à cette localité le surnom de village du seigle.

Le travail d’entretien et la récolte sont réalisés à la main, de manière traditionnelle.

Semons le seigle d’antan - La Salamandre

© Roni VonMoos-Schaub

« Dans notre commune, certaines cultures céréalières se font comme à l’époque sur des terrasses qui couvrent un demi-hectare. Le travail d’entretien et la récolte sont exclusivement réalisés à la main de manière traditionnelle », précise le biologiste. Ainsi, le village perpétue et développe la tradition de l’agriculture de montagne, et plus particulièrement celle du seigle. Pour ce faire, une association locale organise des journées de cuisson du pain et des dégustations.

Cette belle initiative a des répercussions positives sur la faune et la flore. En particulier sur les messicoles, ces plantes souvent menacées liées aux cultures traditionnelles de céréales. L’adonis flamme, la nielle des blés, la nigelle des champs ou le pied-d’alouette font partie de ces raretés. Mal-venues dans les cultures de céréales modernes où elles sont éliminées à grand renfort d’herbicides, elles sont choyées à l’inverse dans le jardin d’Erschmatt. « La faune aussi y trouve son compte, s’enthousiasme Roni Vonmoos-Schaub. J’ai notamment pu observer sur place une très grande diversité d’insectes dont des mantes religieuses qui apprécient la chaleur du climat, mais aussi des oiseaux remarquables comme le torcol fourmilier. »

© Roni VonMoos-Schaub

Ce jardin exemplaire est ouvert aux visites et agrémenté de panneaux explicatifs. Des tours guidés et des événements sont régulièrement organisés. Et pour ceux qui voudraient retrouver chez eux un peu de ce trésor végétal, sachez qu’il est possible d’acheter des graines de ces variétés anciennes (> erschmatt.ch).

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Couverture de La Salamandre n°241

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 241
Août - Septembre 2017
Article N° complet

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