Bâtisseur à palmes

Rivière trop petite, débit irrégulier, eau trop peu profonde ? Rien de bien grave pour le castor qui choisit alors de construire un barrage comme celui-ci. / © Rémi Masson

Architecte ingénieux, le castor se construit des maisons de terre ou de bois, creuse des canaux et coupe même certaines rivières avec des barrages imposants.

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Pour vivre vieux, vivons dans l'eau ! Les castors fondent toute leur stratégie sur cette devise essentielle. Leur forteresse est pratiquement invisible. C'est souvent un terrier dans lequel on ne peut accéder que par un tunnel sous l'eau. L'animal est libre d'y entrer ou d'en sortir en toute discrétion. Une famille possède plusieurs de ces demeures à différentes hauteurs, histoire de dormir au sec avec une entrée immergée quel que soit le niveau du lac ou de la rivière.

De terre ou de bois

Un seul indice trahit parfois la présence de cette habitation, c'est la cheminée d'aération, un conduit vertical qui débouche à la surface du sol. Souvent, le castor le dissimule avec des branches. Avec le temps, ce trou s'effondre et nécessite des poutrelles supplémentaires. Peu à peu, au fil des réparations, le terrier devient un terrier-hutte, habitation mixte à moitié creusée dans la terre, à moitié construite avec des branches et du mortier.

© Source: publication FCPN

Si les rives sont trop plates, le bièvre fait encore plus fort et construit de A à Z une cabane de luxe. Cette hutte comprend elle aussi un tunnel d'accès sous l'eau et une ou plusieurs chambres d'environ 50 cm de haut pour un mètre de diamètre. Mais elle est beaucoup moins discrète et surtout plus longue à construire qu'une demeure souterraine. Parfois accolée à la berge, elle peut aussi former une île de bois habitée par des générations d'animaux.

Piscine privative

Pour nager et plonger tranquille, notre architecte a besoin d'au minimum 60 centimètres d'eau libre. Quand la rivière est trop petite ou son débit irrégulier, il peut entreprendre la construction d'un barrage (photo en tête d'article). Le castor commence par caler des pierres au fond de la rivière, puis il plante des branches avec les fourches tournées contre le courant. Dans ces tridents, il coince des perches en travers de l'eau. Finalement, le rongeur comble tous les interstices avec de la terre, de l'herbe, de la mousse et parfois des cailloux. Cette vaste entreprise lui prendra des semaines, voire des mois.

Mais le jeu en vaut la chandelle. Car le petit lac ainsi formé met l'animal à l'abri des prédateurs tout en élargissant le périmètre de ses expéditions. Il peut accéder à de nouveaux arbres ou pâturages sans s'éloigner davantage de l'eau. Cette piscine privative abrite bientôt une végétation aquatique très nourrissante. Elle lui permet également de transporter des branches ou des petits troncs par simple flottage. Enfin, elle fait office de frigo où le rongeur entrepose en profondeur d'importantes réserves de branches en prévision de l'hiver.

Aller plus loin

La minute nature ép. 1 : L'éléphant ou le castor?

Couverture de La Salamandre n°211

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 211
Août - Septembre 2012
Article N° complet

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