Castagne et séduction

"Malgré mes attaques répétées, l'insolent a persisté", dit le rougegorge. / © Laurent Willenegger

Pour conserver son territoire, le rougegorge donne de la voix. Son chant lui sert aussi à séduire, même malgré lui...

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«Chanter. C’est une idée fixe qui me reprend à chaque printemps. Une fois sur mon territoire de reproduction, je chante du matin au soir. Je veux à tout prix attirer une femelle. Elles me jaugent au timbre de ma voix, à son volume et à mon répertoire. En même temps, cette frénésie éloigne tout autre mâle, c’est une sorte de barrière sonore.

J’évite en général les conflits physiques avec mes concurrents ou mes voisins, même si ces minables ne me font pas peur… Mais il faut parfois payer de sa personne, surtout en début de saison, lorsque chacun cherche sa place. L’an dernier, j’ai corrigé un pinson culotté qui volait mes derniers fruits de lierre. Puis les choses sérieuses ont commencé avec l’arrivée d’autres rougegorges.

Batailler

Il a fallu hausser le ton. Surtout avec le gringalet du haut de la haie dont je me suis méfié assez vite. Nos joutes vocales étaient à leur comble autour de la clairière de mousse. Il n’a pas su voir mes postures d’intimidation, mon poitrail gonflé, puis mon corps tendu, mes pattes fléchies. L’assurance d’une bonne raclée ! Il aurait pu esquiver mon attaque. Mais il l’attendait et il l’a eue. Je lui ai volé dans les plumes et nous sommes tombés dans la broussaille, accrochés l’un à l’autre. Depuis, il m’évite soigneusement…

© Laurent Willenegger
Castagne et séduction du rougegorge - La Salamandre

© Laurent Willenegger

Séduire

Cette même année, l’hiver a duré longtemps. Mais les amas de neige ont fini par fondre. Par milliers les moucherons sont sortis de terre. Ça grouillait dans les feuilles mortes. Mon garde-manger grossissait à vue d’œil.

Tout le monde chantait avec la même verve. Profitant d’une certaine confusion, un rougegorge inconnu s’est incrusté chez moi malgré mes attaques répétées. Je n’y croyais pas ! On me tenait tête. On me narguait avec malice, queue et poitrail dressés vers le ciel jusqu’à me faire taire de perplexité… Qui osait ?

Persuadé d’avoir affaire au plus insolent de mes concurrents, je n’avais pas reconnu ma propre femelle ! Revenue de migration, elle tentait simplement d’attirer mon attention… Je me suis mépris. Il faut dire qu’il y a de quoi : nos femelles portent le même plumage que nous et chantent tout aussi bien.

Après une semaine, je l’avais enfin apprivoisée. Je chantais toujours beaucoup pour maintenir les limites de notre domaine. Elle en profitait pour explorer le sous-bois.
Si elle est finalement restée, c’est sans doute que je possède un petit quelque chose de plus que les autres !»

Lied mélancolique

Le chant du rougegorge nous semble doux et mélancolique. Il se caractérise par sa variété : motifs gazouillés, susurrés ou sifflés, très inventifs, et nombreuses imitations.

Retrouvez la totalité du dossier : Confessions d’un rougegorge.

Vous aussi tendez l'oreille aux sons de la forêt, et laissez vous bercer par un voyage acoustique proposé par Boris Jollivet.

Couverture de La Salamandre n°172

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 172
Février - Mars 2006
Article N° complet

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