Casse-croûte ou casse-pipe

« Il est descendu au sol pour chercher des graines dans la litière. Inquiet, il se rapproche d’un autre arbre. Il grimpe caché par le tronc, puis réapparaît en battant de la queue d’énervement. » Jean Chevallier, 10 janvier 2004 / © Jean Chevalier

Au fil des saisons, la forêt est tour à tour radine ou généreuse. L’écureuil s’en accommode, pour le meilleur et pour le pire.

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L’écureuil roux a su conquérir au cours des millénaires un habitat accessible aux seuls oiseaux. Qu’elles soient de feuillus ou de résineux, les cimes des forêts lui appartiennent, jusqu'aux extrémités des branches les plus fines.
Hormis quelques intrus exotiques, aucun autre mammifère diurne ne conteste ce monopole. Mieux encore : ce diable d’animal ne se cantonne pas dans les hauteurs, il explore quotidiennement tous les étages de la forêt pour profiter de ce qu’elle a de meilleur.

Des faînes aux bolets

Un rongeur se doit de ronger, et l’écureuil ne s’en prive pas. Il mange tout ce que la saison lui offre. Au printemps, il se rue sur les bourgeons, les fleurs et les pousses tendres. S’il en a l’occasion, il ne dédaigne pas les œufs, oisillons, limaces, larves et menus insectes.
L’été est moins généreux : les feuilles deviennent coriaces et les rameaux ligneux. Restent les mousses, les bulbes, les tubercules. Restent aussi le jeune bois tendre et la sève sucrée, rafraîchissante, inépuisable, que l’écureuil découvre en arrachant par lambeaux l’écorce du sapin, de l’érable ou du bouleau.
Heureusement l’automne approche. Saison miracle où les branches sont lourdes de fruits et le sol jonché de gourmandises.
Glands, faînes, châtaignes, pives ou pommes de pin, myrtilles, mûres, framboises, cèpes ou bolets… L’écureuil ne sait plus où donner de la dent ! Rien ne l’arrête, pas même les toxines de l’amanite phalloïde, l'un des champignons les plus vénéneux pour l'homme.

Abondance et disette

Si l’automne tient ses promesses, l’écureuil peut envisager l’avenir sereinement, pour autant qu’il ait été prévoyant. Comme c’est souvent le cas chez les rongeurs, l’animal subit localement d’importantes fluctuations de population d’une année à l’autre. Abondants dans un coin de forêt, les écureuils disparaissent soudain plusieurs années de suite pour réapparaître plus tard. Les chercheurs attribuent parfois ce phénomène à une épidémie, mais il est plus souvent lié au manque de nourriture.
L’écureuil mange en effet surtout des graines de hêtre et de sapin, arbres qui ne fructifient pas chaque année. Si ces denrées sont rares, l’hiver sera rude et l’écureuil ne se reproduira pas au printemps. Par conséquent, ses effectifs vont chuter et quelques années seront nécessaires pour les reconstituer. Si, par contre, la faînée est bonne et l’hiver doux, il y aura beaucoup d’écureuils.
Pour assurer l’avenir de sa descendance, l’écureuil a tout intérêt à vivre dans un bois aux essences variées, plutôt que dans une monoculture forestière.

Chacun chez l’autre

L’écureuil a besoin d’une large portion de forêt, qu'il est pourtant prêt à partager avec ses congénères.

Un arbre ne suffit pas à l'écureuil. Il lui faut un parc, un bosquet ou une forêt. En équipant ces rongeurs avec des colliers émetteurs, les scientifiques ont pu préciser la surface de leur territoire et étudier leurs comportements sociaux.

Espace relatif

Un constat s'impose : plus la nourriture est abondante, plus le territoire de l’écureuil est petit. Dans une forêt de résineux, sa surface oscillera entre 2 à 5 hectares, contre 8 à 9 dans un bois de feuillus où il y a moins à manger. Chaque portion de territoire est utilisée différemment selon la saison. Au temps des amours, le mâle arpentera l’entier de son domaine tandis qu’en automne, il se cantonnera là où les fruits abondent.

Lieux partagés

Bien que solitaire, l’écureuil est très tolérant face à ses congénères. Il ne défendra pas son bout de forêt contre son voisin. En fait, les territoires des écureuils se chevauchent largement. Une hiérarchie s’établit entre les mâles, tandis que les femelles défendent surtout les abords du nid.

Accès réservé

Chaque écureuil a des routes qui lui sont propres : il les marque en déchiquetant des écorces et en y pissant régulièrement. Si ces signaux ne suffisent pas, l’écureuil invectivera l’intrus par des « douc douc douc douc » précipités, des gloussements et des cris aigus, tout en secouant rageusement la queue de haut en bas.

Couverture de La Salamandre n°164

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 164
Octobre - Novembre 2004
Article N° complet

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