Bourdon mère poule

Femelle bourdon avec une corbeille de pollen bien remplie sur sa patte arrière / © Benoît Perrotin

Sa Majesté la reine bourdon est une mère exemplaire. Elles sait modeler un château de cire, couver, nettoyer ses œufs, épargner le nectar et le pollen…

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11 avril Finies les longues explorations en rase-mottes. La reine bourdon ne fait plus que de brèves sorties, tout occupée à construire ses premières cellules de cire… Ah, la voilà cet après-midi qui réapparaît en faisant la tournée des pissenlits. Comme d’habitude, après chaque fleur, elle peigne le pollen qui s’accroche dans ses poils et le ramène à sa bouche. Mais il y a du nouveau. Au lieu de dévorer cette poussière jaune, elle la triture dans ses mandibules et la mélange avec du nectar, puis transporte cette pâte par petits paquets des pattes avant aux pattes médianes et finalement jusqu’aux deux corbeilles à pollen qui équipent ses tibias arrière. Tout cela en plein vol s’il vous plaît ! Ces deux sacs jaunes ramenés à la maison annoncent de bonnes nouvelles.

Imaginez la reine, dans l’obscurité de son nid, qui remplit une outre de cire avec du nectar concentré, qui entasse du pollen, qui pond une douzaine d’œufs blancs. Quatre à six jours plus tard, ils donneront naissance à autant de vermisseaux en forme de saucisses. Protégées, chauffées et nourries, ces larves grandissent vite. Après cinq mues, chacune d’entre elles tisse un cocon de soie dans lequel elle se métamorphose en bourdon adulte. Il faut compter au total quatre à cinq semaines entre la ponte et la naissance des premières ouvrières.
Ces premières filles sont des naines par rapport à leur mère, car elles ont été rationnées par une seule nourrice à la limite de ses forces. Heureusement, leur aide va immédiatement soulager la reine et permettre l’élevage de nouvelles ouvrières de taille plus raisonnable… Tout cela, on peut le lire dans des livres. Mais comment c’est pour de vrai, à l’intérieur de la cité des bourdons ?

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Toison attrape-pollen:La fourrure particulièrement épaisse des bourdons est composée de longues soies plumeuses qui les protègent du froid… mais c’est aussi un piège à pollen très efficace. Entre deux visites de fleurs, la butineuse récupère presque tous les grains de pollen en se peignant consciencieusement avec des brosses de poils sur ses pattes.

Radiateur à bébés: Les muscles des ailes élèvent la température. Puis c’est l’abdomen, plaqué contre les œufs puis contre les larves, qui transmet la chaleur nécessaire à leur développement.

Crochets volants:Les lois de l’aérodynamique sont formelles : vu le rapport entre son poids et la taille de ses ailes, le bourdon ne devrait pas voler ! Ce qui permet néanmoins ce petit miracle, ce sont de minuscules crochets qui accrochent l’aile postérieure à l’antérieure. Cela augmente la précision des battements et permet d’atteindre le rythme endiablé de 100/seconde.

Joker défensif:Le bourdon est extrêmement peu agressif. On peut même le prendre en main sans grand risque. Mais pour défendre sa vie ou sa colonie, il peut faire usage de son aiguillon. Cette arme potentiellement redoutable est un ancien organe de ponte transformé. Voilà pourquoi les bourdons mâles n’en ont pas.

Corbeilles à protéines:Parmi les abeilles européennes, seuls les bourdons et les abeilles domestiques possèdent deux corbeilles sur leurs pattes postérieures. Le tibia est élargi en une grande dépression lisse bordée de longs poils qui retiennent le pollen jaune.

Ateliers à cire:La reine et les ouvrières bourdons possèdent dans le ventre des glandes qui produisent un fabuleux matériau de construction : la cire. Celle-ci sort en fines lamelles entre les segments de l’abdomen.

Réservoir à sirop:La plus grande partie du nectar pompé par un bourdon ne va pas jusqu’à son estomac. Ce carburant sucré est stocké dans son jabot, une grande poche dont il régurgite le contenu pour nourrir les larves ou pour compléter les réserves de la colonie.

Pompe à nectar:Les abeilles ont transformé leur bouche en une trompe souple capable de lécher et d’aspirer le nectar au fond des corolles. Sa longueur varie de 7,5 à 21 mm selon les espèces, ce qui détermine les fleurs préférentiellement visitées.

Détecteurs de pétales:Les yeux en facettes des bourdons composent une vision colorée trichromatique comme chez l’homme. Si nous voyons en nuances de vert, de bleu et de rouge, eux sont sensibles au vert, au bleu… et à l’ultraviolet. Les pétales leur apparaissent dans des teintes tout simplement inimaginables pour nous. De nombreuses expériences ont montré que ce sont les contrastes entre ces couleurs - qu’ils perçoivent d’ailleurs deux fois plus vite que nous - qui les attirent vers les fleurs. Celles-ci sont souvent décorées de lignes ou de flèches ultraviolettes que nous ne voyons pas mais qui guident leur atterrissage.

Couverture de La Salamandre n°226

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 226
Février - Mars 2015
Article N° complet

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