Big bang sous-marin

Groupe de jeunes poissons-lunes / © Cyril Girard, editions-mediterraneus.fr

Dans l’obscurité des océans, une multitude d’alevins jaillissent dans une explosion de vie. Destin sidérant d’un poisson sidéral.

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Mais d’où sort ce poisson de science-fiction… de l’espace ? En fait, très peu d’études se sont intéressées de près aux amours aquatiques de Madame et Monsieur poisson-lune. Quand ? Le frai aurait lieu entre août et octobre, selon certains chercheurs japonais. Où ? Atlantique, Pacifique, Indien, au nord comme au sud, tous les océans sont susceptibles d’abriter les alcôves secrètes de l’animal. Comment ? A l’instar de beaucoup de ses semblables, celui que l’on appelle aussi la môle libère ses gamètes en pleine eau. La femelle largue des dizaines, voire des centaines de millions d’œufs dans l’immensité marine. Une production phénoménale qui propulse l’animal tout droit dans le Guinness des records !

Un mâle, ou très certainement plusieurs, libère son sperme sur cette foule d’œufs mesurant chacun moins d’un millimètre. Pas question ensuite pour le père de construire un nid dans un rocher, ni de surveiller sa marmaille comme le ferait un crénilabre ou une blennie. L’incommensurable progéniture planctonique est abandonnée à la loi de la jungle bleue et à ses inévitables hécatombes. Car le plancton, tout le monde en mange, directement ou non. Poissons, crustacés, céphalopodes, mollusques et même baleines ajoutent leur prédation à la mortalité naturelle ou à l’infertilité et réduisent les chances de survie à presque rien. Combien de bébés poissons au final ? Impossible à dire.

Les survivants devenus alevins mesurent environ deux millimètres et ressemblent à des mini-poissons ordinaires. Cet état ne dure pas. Très vite, des piquants apparaissent et le tout jeune poisson-lune prend temporairement des allures de soleil ou de porc-épic. Ce look punk serait un signe de sa lointaine parenté avec le diodon dit poisson hérisson. Notre alevin profite de cet accoutrement impressionnant durant quelques semaines pour se protéger des prédateurs. En grandissant, il perd ses épines et acquiert sa forme définitive.
Manger et ne pas être mangé, ainsi peut-on résumer le quotidien du tout jeune Mola mola. Avec une seule urgente ambition : grossir.

Larves de poisson-lune

© Cyril Girard, editions-mediterraneus.fr

Record : Pondeur N°1

Aucun animal ne serait plus fertile que Madame Mola. En libérant en une seule fois jusqu’à 300 millions d’œufs dans l’océan, ce poisson hors norme dépasse tous les autres poissons, les différents coraux ou même les reines des fourmis, championnes de la fécondité terrestre.

Alevin de poisson-lune

© Cyril Girard, editions-mediterraneus.fr

Comète… soleil… lune

La larve du poisson-lune adopte une forme classique d’alevin fuselé pendant quelques jours. Puis elle voit rapidement sa queue et son arrière-train se ramasser pendant que poussent des épines sur toute la périphérie de son corps. Progressivement, ces pics s’estomperont pour dessiner une forme de mini Mola de 2 cm.

Poisson-lune qui se fait nettoyer par les labres

© Cyril Girard, editions-mediterraneus.fr

Record : Glouton champion

Mola mola peut grossir de 800 grammes par jour et passer de 25 à 400 kg en 15 mois ! Depuis la petite larve jusqu’au gros ballon aplati, son poids se multiplie par 10 voire 20 millions de fois. Un record de croissance à faire pâlir un capitaliste.

Bande de jeunes

Proies faciles des requins, orques et autres lions de mer, les jeunes poissons-lunes vivent en groupes pour se protéger. En vieillissant, rassurés par leur grande taille, ils deviennent solitaires.

Couverture de La Salamandre n°247

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 247
août - septembre 2018
Article N° complet

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