Vert garrigue à toutes les sauces

La garrigue de Saint-Hippolyte-du-Fort offre aux yeux du vert tout au long de l'année. / © Bruno Artaud

Sur les hauteurs de Saint-Hippolyte-du-Fort, dans le Gard, la garrigue passe de la pelouse rocheuse à la forêt de chênes verts sans jamais se départir de sa couleur végétale.

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Le chemin de la Galaberte qui quitte Saint-Hippolyte-du-Fort brille au soleil de décembre. Les pierres roulent sous les pieds. Les feuillages persistants des chênes kermès, genévriers et viornes-tins se balancent lentement sous la brise. Vert bouteille, vert-gris, vert-ocre. Du vert sur tous les tons, ainsi est la garrigue de cette région du sud des Cévennes. Des dalles calcaires blanches éblouissent, des lichens et fougères y prolifèrent, opales dans un écrin émeraude. Le chemin pénètre dans l’euzière, la forêt de chêne vert.

Laurier-tin ou viorne tin / © Claire Lecoeuvre

L'accueil des mélanocéphales

Les cris des grives musiciennes et des fauvettes mélanocéphales résonnent. Plus loin, le matorral s’ouvre sur d’anciennes pâtures emplies de romarin, brachypode et genêt scorpion. Les pelouses tournent au vert sombre sous l’assaut des ronces. Ici, le silence écrase tout, seul le vent fait bruisser les buissons et propage la senteur typique du thym. La via romana qui mène sur la crête embrasse l’horizon. La plaine de Pompignan, avec ses vignes et ses prairies, s’étale. Sur la droite, au-dessus de Saint-Hippolyte-du-Fort, se dresse le pic de Midi où s’est installé depuis 2004 un couple d’aigles de Bonelli, une espèce protégée et emblématique (> encadré ci-dessous).

Orchidées précoces

Au bord de l’allée devenue plus large se dressent des pinèdes vert nuit. Sur le sentier, un œil scrutateur pourrait trouver l’ail chamaemoly. Ses minuscules feuilles effilées forment une tache émeraude sur le sol. Les premières orchidées pointent le bout de leur nez : la Barlie de Robert, autrefois protégée et aujourd'hui commune dans le Midi, pousse à l’ombre des arbres. Plus loin, au détour du chemin, falaises et rochers se dressent comme un cirque dont les arbres, spectateurs attentifs, emplissent les gradins de pierres blanches. Le sentier redescend à travers les arbousiers et les cistes. Tout autour des troncs et des branches, la salsepareille laisse pendre ses fruits rouges, des lanternes interdisant l’entrée de son territoire.

Le fleuve Vidourle, en contrebas, joue à cache-cache, s’infiltrant sous terre puis ressortant plus loin. Dans le vert foncé des aulnes glutineux et le blanc des peupliers qui suivent son cours, un verdier file à vive allure. Le martin-pêcheur montrera-t-il le bout de son bec ? Pas cette fois-ci. C'est l'heure du retour. Un nouveau plongeon dans le monde des pierres et du gris. On quitte avec regret ces mille nuances de vert qui forment un cocon de nature, beau et intense.

Aigle de Bonelli / © Jean-Claude Tempier

Vol en sursis

De son vol majestueux, il surplombe la plaine de Pompignan. A la beauté s’ajoute la rareté : l’aigle de Bonelli est un des rapaces les plus menacés de France. Figure emblématique de la garrigue méditerranéenne, il niche sur tout le pourtour dans les falaises de basse altitude et chasse dans les milieux ouverts. Sa population a hélas vertigineusement chuté en raison du morcellement de son habitat, de la disparition de ses territoires de chasse ou d'électrocutions sur les lignes à haute tension. De 80 couples en 1960, elle a atteint un minimum de 23 en 2002. Aujourd’hui, une trentaine de couples se répartissent dans les régions Languedoc-Roussillon, PACA et Rhône-Alpes.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Dans le bois de Labric

(carte du haut) Les Graves > L’Aubret > Serre de la Mate > Les Graves

durée: 3h00

  • Sortir de Saint-Hippolyte-du-Fort en prenant la D3982 direction Sauve.
  • Suivre le panneau chemin de la Galaberte et du Rascassau.
  • (1) Dépasser les maisons, arriver sur le chemin pierreux.
  • A la route goudronnée (2), longer celle-ci puis prendre à gauche dans le virage en tête d’épingle.
  • (3) Remonter le sentier tout droit jusqu’à la voie romaine(4).
  • Retrouver le chemin marqué de jaune et poursuivre sur la droite. Traverser la route, puis tout droit.
  • Dans la descente, bien suivre à droite et quitter la voie la plus large (5)
  • Traverser (6). Faire attention au sentier qui grimpe droit dans les arbres.
  • Depuis (7), rejoindre le chemin initial sans arriver sur la route.

Autour du Trou fumant

(Carte du bas) Pompignan > le Trou Fumant > Pompignan

durée: 1h40

  • Partir de Pompignan sur la D25 direction Saint-Hippolyte-du-Fort.
  • (1) Au panneau d’entrée du village, partir sur la gauche en direction de la bergerie de la Malte.
  • (2) Tourner à gauche et redescendre.
  • (3) Le lieu se prête aux sorties de chemin. Le Trou Fumant est d’ailleurs hors du tracé.
  • Récupérer la route puis la descendre (4).
  • Prendre le 2e croisement à droite. En arrivant vers les vignes, prendre à gauche (5) puis la 2e à droite.
  • Regagner Pompignan.

Accès en transports publics

Depuis Nîmes, la ligne de bus D40 relie la gare routière à Saint-Hippolyte-du-Fort six fois par jour. De Montpellier, prendre la ligne 115 jusqu’à Quissac puis la D40 ou la ligne 108 qui rejoint Ganges puis les bus D40 ou D42 jusqu’à Saint-Hippolyte.

Horaires sur : edgard-transport.fr (D40 et D42) et herault-transport.fr (lignes 115 et 108).

Enfin, pour aller de St-Hippolyte à Pompignan, prendre la ligne CRP04-2 et 808-2 (Edgard).

Hébergement et tuyaux gourmands

Office de tourisme +33 4 66 77 91 65

L’Auberge Cigaloise, Saint-Hippolyte-du-Fort. Restaurant et hôtel. Prix modérés. +33 4 66 77 64 59

Le Mas des Pots Rouges, à Cros. Chambres d’hôtes au pied du pic de Midi. +33 4 66 88 39 62.

Le Mas de la Bouletière, à Cros. Chambres d’hôtes. Mas de la Bouletière. +33 4 66 53 89 62.

Règles d'or et conseils

  • Partez bien chaussés et faites attention aux éboulis.
  • Evitez le bruit excessif pour ne pas déranger les rapaces nicheurs.
  • Prenez garde au vent froid mais aussi aux coups de soleil !

Eclairage par Damien Ivanez

Damien Ivanez

Damien Ivanez travaille comme expert au sein de l’association Les Ecologistes de l’Euzière depuis 2007. Enfant de la région bordelaise, il a appris à y chasser, pêcher et découvrir les espaces sauvages. Il s’est par la suite laissé captiver par les paysages des garrigues et en particulier par celui de la plaine de Pompignan, qu’il décrit avec enthousiasme. « J’apprécie ces ambiances de garrigue. Le paysage est très bien préservé : peu de dégradation, pas de lignes électriques. Rares sont les milieux aussi riches et variés. On peut y trouver des cours d’eau temporaires et permanents, des falaises, des canyons, des ripisylves, des zones de lapiaz, des friches, des zones agricoles. Et une grande diversité d’espèces : 152 oiseaux différents y vivent, 10 espèces d'amphibiens et 17 de reptiles. » L'endroit rêvé pour une escapade !

A) Le Trou Fumant « C’est un coin que j’aime beaucoup. La garrigue ouverte a des aspects de savane. Il y a beaucoup de fauvettes pitchou. Et surtout, de fortes densités de pies-grièches à tête rousse s’y sont installées. »

Scorpion languedocien / © Damien Ivanez

B) La montagne Saint-Jean « Cet endroit est intéressant. De grands talwegs s’y sont formés sur le versant ouest. Sous les pierres vit une importante population de scorpions languedociens. Dans le château en ruine nichent des grands corbeaux. »

C) Le cromlech du Devois de Tourre « C'est un des nombreux sites préhistoriques de la plaine. Le cercle de pierres est encore bien visible. Des fouilles ont révélé des silex, du mobilier, des poteries, etc. Cela rappelle la présence ancienne des hommes sur ces lieux. A l’époque, il n’y avait pas autant de pelouse, les bois dominaient. »

D) Le pic de Midi « Ses falaises constituent un ensemble rocheux apprécié de nombreux oiseaux. On peut voir toute l’année des hirondelles de rochers, espèce inscrite sur la liste rouge de l’IUCN, qui y nichent. Pour faire le tour du pic (1h30), emprunter le chemin de la Cigale, en sortant de Saint-Hyppolite-du-Fort, par la route qui mène à Ganges. »

E) La mer de rochers de Sauve « Cette formation rocheuse est un magnifique exemple de la problématique de l’eau en région méditerranéenne. Ces paysages fantastiques reflètent l’action des crues d’automne. Violentes et brutales, ces dernières érodent le calcaire pour former les labyrinthes rocheux visibles pour les randonneurs pendant la période sèche. »

F) La plaine de Mandiargues « Composée de garrigue basse à genévrier et brachypode, cette plaine constitue une zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (znieff). Abritant de nombreuses espèces d’oiseaux, ce milieu est en proie au morcellement dû aux zones d’habitation. »

Couverture de La Salamandre n°213

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 213
Décembre 2012 - Janvier 2013
Article N° complet

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