Cynthia, fille du ciel

L'incroyable voyage des belles-dames au travers de l'Europe se poursuit avec une traversée de la Méditerranée et s'achève en Afrique subsaharienne. / © Sylvain Leparoux (photomontage Jean-Luc Wisard)

Non loin du jardin, les talus desséchés offrent leurs dernières fleurs odorantes à une multitude de bestioles. Mais où sont passés les papillons belles-dames ?

Avatar de Jean-Philippe Paul
- Mis à jour le
Article d'origine par

En début d’automne, la durée des jours diminue nettement. L’avenir de beaucoup de papillons est dans leurs œufs ou leurs larves qui passeront la mauvaise saison en diapause. Les derniers adultes s’éteignent alors, épuisés ou frigorifiés. D’autres tentent de passer l’hiver en se cachant sous une écorce ou dans une cave. C’est une dormance secrète, parfois interrompue par une danse au soleil en cas de redoux. Le paon de jour et le citron savent jouer ce tour. D’autres encore préfèrent voler vers des contrées plus douces au sud des Alpes ou dans le Midi. La piéride du chou ou la petite tortue font généralement ce choix.
Et la belle-dame ? Pas d’œufs, ni de larves, ni d’adultes qui survivent sur place. Parmi les migrateurs d’automne, on n’en voit quasiment pas. Mystère, mystère…

© Sylvain Leparoux

Comme des hirondelles

Des images radars prises en Angleterre, en Finlande et en Afrique ont finalement montré que les belles-dames font comme les hirondelles, elles partent haut et loin. Si haut qu’on ne les voit pas voler comme d’autres papillons migrateurs à courte distance et si loin qu’on ne les retrouve pas chez nous en fin d’hiver. Après une reproduction printanière - parfois deux - dans nos régions, les vanesses adultes meurent. La génération qui émerge sur place en été est programmée pour partir plein sud.

L'automne des papillons belles-dames

© Sylvain Leparoux

Deux ailes plus fines que deux feuilles de saule et plus légères qu’une baie de sureau survolent alors des milliers de kilomètres, parfois jusqu’au sud du Sahara. C’est un cerveau plus petit qu’une tête d’épingle qui tient ce cap prodigieux. Seul un papillon hors norme peut se permettre un aussi impossible exploit : Cynthia cardui . Cynthia est un surnom de la déesse grecque Artémis. Comme son frère jumeau Apollon, qui désigne aussi un papillon, elle n’est autre que la fille de Zeus, dieu suprême… dieu du ciel! Tout s’explique.

188° sud

Principale direction de vol des belles-dames mesurée par les radars de la Station ornithologique suisse en octobre 2003 en Mauritanie. Le flux de migratrices était soutenu par un vent porteur de nord.
Les vents favorables sont la clé de la stratégie de survie de Cynthia cardui . Ils permettent des déplacements rapides et au long cours vers des régions temporairement accueillantes. A contrario, une séquence durable de vents contraires peut bloquer, déporter au large ou épuiser des centaines de milliers d’individus.

L'automne des papillons belles-dames

© Sylvain Leparoux

525 mètres

Telle est d’après les radars l’altitude moyenne des nuages de belles-dames qui traversent la Manche en automne. Certaines atteignent 1200 mètres de haut. Elles sont impossibles à détecter pour un observateur au sol.

L'automne des papillons belles-dames

© Sylvain Leparoux

7500 km

Distance couverte par le flux de vanesses migratrices en automne entre le nord de l’Europe et l’Afrique subsaharienne… soit environ 60° de latitude. C’est presque deux fois plus que les 4000 km parcourus entre les Grands Lacs canadiens et le Mexique par le plus célèbre des insectes migrateurs, le papillon monarque.

L'automne des papillons belles-dames

© Sylvain Leparoux

45 km/h

Incroyable vitesse moyenne mesurée à 300 mètres d’altitude de certains essaims migrateurs de vanesses des chardons dans le sud de l’Angleterre.

Couverture de La Salamandre n°222

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 222
Juin - Juillet 2014
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir