Au bal des queues de pie

© Daniel Auclair

Cinéaste animalier original dans le microcosme francophone, Daniel Auclair signe pour La Salamandre un film exceptionnel sur un oiseau hors du commun. Interview.

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La pie n'entre pas trop dans les sujets de films Bankable. Pourquoi lui consacrer un documentaire ?

Parce que La Salamandre me l’a proposé! Je ne sais pas si j’aurais choisi cet oiseau spontanément. C’est une espèce commune, qu’on ne regarde pas. La pie, on ne la considère pas comme un bel animal. Pourtant, le contraste entre le noir et le blanc de son plumage est très graphique et très vidéogénique. Les reflets bleus de ses ailes, ou verts et mauves sur la queue, en font un oiseau à la beauté cachée. En plus, j’avais envie de démonter un certain nombre d’idées reçues pour mieux faire connaître cette mal-aimée.

La pie aime l'homme, mais l'homme n'aime pas la pie. Qu'en pensez-vous ?

En préparant ce film, j’ai appris à l’apprécier. Maintenant, je ne la regarderai plus de la même manière. Chaque projet de documentaire animalier me fait un peu cet effet. Mais là, la beauté révélée de la pie, ses mœurs et son intelligence m’ont véritablement séduit. C’est un oiseau commun hors du commun.

Étonnamment, les ornithologues ne la connaissent pas bien…

Effectivement. Et j’ai pu le vérifier. Etant moi-même incapable de placer correctement le noir et le blanc sur un dessin de pie, j’ai eu l’idée de proposer cet exercice à plusieurs naturalistes plutôt embarrassés une fois le feutre à la main. Des questions sur la relativité de la beauté et sur l’art d’observer les oiseaux ont découlé de ce constat. Moralité? On ne profite pas assez de ce que l’on a devant les yeux.

En trois ans de tournage, avez-vous vu une seule fois la pie chiper un objet brillant ?

Non ! Tous les témoignages de pie voleuse proviennent d’oiseaux apprivoisés. Seul un individu déniché et élevé par l’homme a accès à divers objets, fussent-ils brillants. Jamais une pie sauvage ne s’approcherait du seuil d’une maison pour y dérober quelque chose.

Commune, la pie n'est pourtant pas évidente à filmer…

Le tournage a été délicat compte tenu du caractère craintif de l’oiseau. Mon affût pourtant bien camouflé faisait tache dans le décor et les pies s’alarmaient tout le temps en se maintenant à bonne distance. J’ai aussi essayé de m’approcher en voiture. Mais lorsque je descendais, elles s’envolaient comme si elles étaient physionomistes. Alors, j’ai changé ma berline pour un fourgon assez spacieux pour me permettre de déplier le trépied tout en restant dans le véhicule… J’ai ainsi pu tourner des scènes spectaculaires en écoutant la radio.

D’qutres astuces techniques pour réussir des prises de vues insolites ?

J’ai laissé tourner de petites caméras pendant des heures. J’ai ainsi suivi la construction du nid, les séquences où les pies mangent dans les poubelles ou dans la gamelle du chat. Mais la scène la plus impressionnante est celle où un renardeau emporte le cadavre d’une jeune pie tombée du nid.

Quelle est l'anecdote la plus incroyable que vous ayez vécue ?

Un ami a eu la chance de photographier la prédation par une pie d’une jeune huppe assommée par un épervier. J’ai également filmé un adulte évacuant une pelote de réjection du nid, ce qui m’a agréablement surpris, car j’ignorais que la pie régurgitait les restes indigestes. De grands moments à découvrir dans Le bal des queues de pie.

En vidéo Le making of du bal des queues de pie.

A offrir aux 8 - 12 ans

Dans son dernier numéro, La Salamandre Junior fait l’inventaire des idées reçues sur la pie de manière ludique et interactive... avant de les démonter une par une. Avec jeux, activités et BD pour découvrir la nature en s’amusant.

Découvrez le film Le bal des queues de pie.

Couverture de La Salamandre n°243

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 243
Décembre 2017 - Janvier 2018
N° complet

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