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Grain de pollen

Et enfin, pourquoi nos yeux et nos narines sont-ils si sensibles au pollen des graminées ? Réponse chez l'allergologue.

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Depuis quelques jours, je ne quitte plus mon mouchoir, j’ai de la peine à respirer et j’éternue. Comme si cela ne suffisait pas, mes yeux coulent et j’ai des démangeaisons aux oreilles et au palais. Au secours !
Mon médecin me guide vers le docteur François Spertini, allergologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Le rendez-vous est pris et la sentence tombe comme je m'y attendais. « Etant donné la saison et vos symptômes, vous êtes allergique à certains pollens. »

Erreur immunitaire

Mais pourquoi diable mon corps a-t-il soudain décidé de réagir à cette poussière jaunâtre, indispensable à la reproduction des plantes ? Selon l’allergologue, « notre corps est équipé d’un système de défense qui nous protège des virus et des infections bactériennes, mais il arrive qu’il se déclenche contre des substances considérées à tort comme dangereuses ». Dans mon cas, mon système immunitaire réagit aux protéines en soi inoffensives du pollen.
Un test cutané précise le diagnostic. Mon problème, ce sont les graminées. Et pourquoi ces plantes provoquent-elles 70 % des allergies au pollen ? Parce qu'elles poussent partout, que leur période de floraison est longue et surtout qu'elles dispersent au petit bonheur la chance d'énormes quantités de pollen. Ainsi le seigle, dont le potentiel allergène est très puissant, produit sept millions de grains de pollen par tige.
« Ce qu’on appelle couramment le rhume des foins pourrait en théorie être causé par n’importe quel végétal, indique François Spertini. Mais les grains de pollen doivent entrer en contact avec les muqueuses respiratoires pour déclencher les symptômes. » Seules les espèces qui ont recours au vent, à la place des insectes pollinisateurs, risquent de chatouiller mes narines. En clair les graminées, certains arbres et quelques autres herbacées comme l’armoise, l’ambroisie ou le chénopode.

Inscrit dans mes gènes

Coup du sort ou fatalité ? Est-ce mon comportement qui a provoqué cette allergie ? D’après le médecin, « que l’on soit citadin ou paysan, ça ne change rien. Ce n’est pas l’exposition qui favorise le développement d’allergies mais le patrimoine génétique. » Il faut avoir dans ses gènes des facteurs favorisants pour que l’allergie se déclenche. Mais ce n'est pas tout. On peut vivre pendant des années sans symptômes. Et tout à coup, le corps réagit. Le système immunitaire juge indésirable une protéine qu’il avait jusque-là acceptée et il se met à produire des anticorps spécifiques. A partir de là, chaque nouvelle exposition déclenchera les symptômes d’une allergie.

Trois ans avant l’indigestion

Est-il possible d’en guérir ou dois-je me résigner à faire avec ? « Parfois, l’allergie diminue vers 50 ou 60 ans, mais ce n’est pas une règle. » En attendant, je peux suivre une désensibilisation pour atténuer les symptômes. Mais c'est un traitement relativement long. Pendant trois ans, je devrai recevoir tous les mois une dose d’allergènes qui provoqueront, au fil du temps, une sorte d’indigestion du système immunitaire. Petit à petit, il va arrêter de s’exciter et tolérer la substance problématique. Des études sont en cours pour développer des traitements de désensibilisation moins longs, mais ils ne sont pas encore au point.
Me voilà fixée, il va falloir prendre mon mal en patience… et racheter des mouchoirs.

Karin Stalder, conseillère au Centre d'Allergie Suisse.

L’allergie aux pollens est de plus en plus répandue, pourquoi ?

En cent ans, la part de la population allergique est passée de 1 % à 20 % en Europe. D’abord, nous sommes beaucoup moins exposés aux bactéries et autres micro-organismes qu'autrefois. Notre système immunitaire est donc peu sollicité et se met à réagir à des éléments normalement tolérés. Une deuxième explication avance que la pollution rend le pollen plus agressif pour le corps humain. Les concentrations élevées de polluants atmosphériques modifient la teneur en allergènes du pollen et renforcent son effet. Enfin, les enfants nés par césarienne et non allaités ont des lacunes dans leur système immunitaire, ce qui peut favoriser le développement d’allergies.

Est-ce que toutes les graminées provoquent des allergies ?

Non, seulement une trentaine d'entre elles provoquent des allergies respiratoires. Des plantes apparentées peuvent contenir le même allergène. Si on réagit à l’une, on peut aussi réagir aux autres. On appelle ça des réactions croisées. A cause de ce phénomène, une réaction allergique peut se produire avec une plante à laquelle on n’a jamais été exposé. Par exemple, pendant des vacances à l’étranger, entre le frêne et l'olivier.

Il existe des cartes des prévisions polliniques. Comment sont-elles réalisées ?

En Suisse, il y a quatorze stations de mesures réparties sur le territoire. On y trouve des appareils munis de colonnes sur lesquelles les pollens de l’air ambiant viennent se coller. Toutes les semaines, les colonnes sont analysées, on compte la concentration de pollens au mètre cube. Ensuite, en fonction de la météo, on peut faire des prévisions.

Lequel de ces aéronefs spectaculaires est-il un pollen de graminée?

Découvrez la suite de notre dossier sur les graminées, les herbes essentielles.

Couverture de La Salamandre n°246

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 246
juin - juillet 2018
Article N° complet

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