Des arboristes pour le grand capricorne

© Woodtli+Leuba

De père en fils, ils sont aux petits soins pour des chênes d’exception près de Nyon. Toute une faune en bénéficie, surtout un coléoptère menacé.

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Des arboristes pour le grand capricorne

© Woodtli+Leuba

Entre deux parcelles agricoles arrosées d’une fine pluie, un destin important se joue : celui d’une population de grands capricornes. La survie de ce coléoptère en danger critique d’extinction dépend ici de quelques chênes, mais quels chênes ! De véritables sanctuaires de biodiversité dominant la rase campagne nyonnaise. L’arc lémanique est en effet l’un de ses derniers bastions en Suisse. Dans le tronc des vénérables, les larves du cérambycidé forent secrètement des cavités nourricières. Hélas, les vieux arbres deviennent une denrée rare. En cause, la sécurité et un excès d’hygiénisme dans notre gestion de la nature. Heureusement, depuis que l’insecte menacé a été observé dans le coin par l’entomologiste Stève Breitenmoser, ces chênes séculaires sont placés sous protection. « Cerambyx cerdo est qualifié d’espèce parapluie, car il représente tout un cortège d’autres espèces rares et précieuses dans le processus de décomposition du bois mort », précise- t-il. Ce beau monde bénéficie alors d’un ensemble de mesures grâce à la collaboration des propriétaires et exploitants ainsi que des communes, du canton de Vaud et de Région de Nyon.

Parmi les actions prévues, le soin des arbres. Une responsabilité placée entre les mains des arboristes de Woodtli + Leuba. « Nos interventions visent à prolonger la vie et la beauté des arbres tout en sécurisant les alentours », résume Jonathan Leuba. Avec son frère Thibaut, il pérennise l’entreprise familiale qui œuvre depuis plus de vingt-cinq ans en Suisse romande dans l’expertise et le soin aux arbres. Elle pratique l’arboriculture moderne, un savoir-faire hérité des pays anglophones qui s’inspire des dernières connaissances en biologie.

Nos interventions visent à prolonger la vie et la beauté des arbres.

Des arboristes pour le grand capricorne

© Michel Rauch / Biosphoto

Pas question de décapiter un vieux feuillu qui bouche la vue. Le but est d’aider les arbres d’ornement confrontés à un environnement plus austère qu’en milieu forestier. La recette ? Leur amener un peu la forêt, notamment en favorisant la vie du sol par aération et ajout d’une riche litière. Sur ce chantier un peu spécial, les arboristes grimpeurs manient la tronçonneuse alors qu’habituellement, ils sont encordés et scient des branches de petit diamètre à la main. Petit à petit, la couronne du végétal s’allège et respire tout en gardant son architecture.

Le bois élagué est laissé à terre pour offrir gîte et couvert aux larves du grand capricorne qui se développent sur trois à quatre ans. Très sédentaire, cet insecte parmi les plus gros de Suisse grandit et se reproduit près de l’arbre qui l’a vu naître, le plus souvent un chêne séculaire. D’où l’urgence de protéger ces vieillards qui bénéficient, par la même occasion, d’une attention particulière, grâce à la présence de leurs petits hôtes.

Couverture de La Salamandre n°250

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 250
Février - Mars 2019
Article N° complet

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