L’année du hérisson

Au printemps, les hérissons mâles explorent les domaines vitaux des femelles à la recherche de partenaires. / © Laurent Willenegger

Le hérisson piquant paraît bien armé pour affronter la vie. Le suivre de saison en saison nous permettra pourtant de découvrir quelques points faibles lourds de conséquences.

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A son réveil au début du printemps, le hérisson est affamé. Cinq longs mois de jeûne lui ont fait perdre jusqu’à la moitié de son poids. Faible, parfois même chancelant, il pose au plus vite ses marques sur un domaine riche en ressources alimentaires. Dans le meilleur des cas, il réinvestit les lieux fréquentés l’année précédente. Quand la place est déjà prise, il tente sa chance ailleurs.

Printemps

Une fois installé, il prend ses habitudes. Le festin se répète nuit après nuit avec des horaires et des itinéraires souvent réguliers. Pourtant, au bout de quelques semaines s’il s’agit d’un mâle, une préoccupation nouvelle bouleverse cette vie bien réglée. Jusqu’alors casanier, le hérisson allonge toujours plus ses expéditions nocturnes. Lui le routinier, le voilà devenu aventurier ! Il explore la nuit au petit bonheur la chance, à la recherche d’une ou plutôt de plusieurs conquêtes.

Ces grands voyages, nous le verrons, il risque de les payer de sa vie. Dans la région d’Yverdon-les-Bains, le biologiste Guy Berthoud a observé qu’à la saison des amours, les hérissons se donnent parfois rendez-vous dans ce qu’il a appelé des arènes. Réunis dans des clairières ou de petits prés abrités du vent, les mâles échangent morsures ou coups de griffes pour la possession d’une femelle.

© Tony Kennick

Vers l’été

Quand il a évincé les éventuels autres prétendants, le hérisson mâle n’est pas au bout de ses peines. Il doit convaincre la femelle en lui tournant autour avec force soufflements. Cette cour peut durer des heures.

On a longtemps cru que les hérissons, vu leur dos piquant, s’accouplaient ventre contre ventre. En réalité, une fois consentante, la femelle se plaque au sol en couchant ses épines redoutables. Le mâle lui grimpe alors sur le dos pour une étreinte instable qui ne dure que quelques minutes.

Nids partagés

Les hérissons n’ont pas véritablement de territoire, dans la mesure où ils n’excluent pas tout autre congénère de l’espace qu’ils occupent. On peut néanmoins cartographier leurs déplacements pour établir les limites de leur domaine vital.

Ces zones de prospection des hérissons se chevauchent partiellement. Celles des mâles sont plus grandes et recoupent souvent celles de plusieurs femelles. Les différents nids aménagés par un individu sont fréquemment utilisés par ses voisins. En moyenne, trois à dix hectares de verdure sont nécessaires au bonheur d’un hérisson, même si le secteur le plus intensément prospecté peut être plus petit.

77 km à pied !

En août 1977, durant ses recherches sur les hérissons, le biologiste Guy Berthoud a mis à l’épreuve leur sens de l’orientation. Il a kidnappé sept animaux à Yverdon-les-Bains pour les relâcher à une distance de cinq à sept kilomètres. L’un des déplacés a profité du voyage pour coloniser un nouvel endroit, un second est mort en cours de route. Les cinq autres sont revenus au bercail en trois ou quatre nuits de voyage.

Notre confrère La Hulotte cite même l’extraordinaire odyssée du hérisson russe Topa, transporté à 77 km de chez lui et «qui rentra à la maison après deux mois de marche à pied»!

Découvrez maintenant la reproduction des tortues. Méfiez-vous des mâles. Ce sont de petites brutes auxquelles le printemps fait perdre la tête.

Retrouvez tous les articles du dossier hérisson : 700’000 paillassons et nous !

Couverture de La Salamandre n°180

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 180
Juin - Juillet 2007
Article N° complet

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