L’Age de glace

© Jean Chevallier

Une hermine chasse dans le potager enneigé. Son pelage immaculé et ses yeux noirs lui donnent des airs de renard polaire. Soudain, l’horloge recule de vingt-cinq mille ans.

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Article d'origine par
  • Acteur: principal hermine
  • Seconds rôles: renard polaire et bœufs musqués
  • Sortie: 11 février
  • Lieu de tournage: potager
  • Genre: court-métrage préhistorique
L'Age de glace - La Salamandre

© Jean Chevallier

Lorsqu’elle accourt au milieu des choux blanchis par le givre, l’hermine a tout du personnage survolté d’un film d’animation. Son obsession ? Un dodu campagnol, fouisseur hors pair et saccageur de potager. Le plus grand souhait du jardinier ? Que le mustélidé fasse du rongeur son casse-croûte avant le temps des plantations. Le prédateur émerge soudain de la neige, dressé au milieu des herbes jaunies. En plan serré, jumelles sur le nez, vous voilà soudain transporté dans la toundra. La mâche givrée devient bouleau nain et l’hermine se change en renard polaire. Pour voyager, il suffit parfois de laisser l’imagination remonter le temps.

L'Age de glace - La Salamandre

© Jean Chevallier

Même endroit, vingt-cinq millénaires plus tôt, un vent catabatique chargé d’une poudreuse cinglante déferle du glacier jurassien. Il accélère sa course dans la vallée avant de s’abattre avec rage sur le piémont et la plaine. La vie s’incline devant l’assaut du blizzard. Seuls quelques bœufs musqués, solides comme des rocs, paraissent indifférents au climat. Ils n’ont plus grand-chose à se mettre sous la dent après le passage d’un bataillon de mammouths ce matin. Saules polaires, laîches et graminées ne dépassent plus des congères. Un renard couleur flocon trotte en quête d’un rongeur imprudent. Sa queue touffue le devance parfois, emportée par les bourrasques. A son passage, quelques bruants des neiges et sizerins blanchâtres fuient en rampant.

Ici, l’hiver semble éternel. Mais doucement, la lumière s’intensifie et la toundra commence à rêver de printemps. Un printemps entre parenthèses, si court qu’il se fond dans un été éphémère. Les dryades à huit pétales offrent alors corolle ivoire et jaune calice aux papillons apollons et autres bourdons velus. La faune glaciaire entre en effervescence. Lagopèdes en parade, rennes marathoniens et rhinocéros amoureux viennent fouler la terre du futur potager.

Vous reposez les jumelles, le court-métrage est terminé. Comme l’hermine, mémoire vivante d’une époque où il fallait s’habiller de blanc pour survivre, vous vous sentez figurant de passage, dans un paysage sans cesse renouvelé.

Retrouvez l'intégralité du dossier "le jardin fait son cinéma".

Découvrez d'autres animaux qui se cache grâce au blanc dans notre article invisible.

Couverture de La Salamandre n°244

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 244
février - mars 2018
Article N° complet

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