Adieu flocons

Le glacier d’Argentière immortalisé en 2001. Depuis vingt ans, la fonte de la plupart des glaciers alpins s’est dramatiquement accélérée. / © Luc Moreau

Glaciers fondus, hivers sans neige. Il a suffi que la température moyenne de la planète s’élève de 0,6 °C pour que nous sentions le début des changements climatiques.

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par

9 des 10 années les plus chaudes du XXe siècle ont été enregistrées après 1990, sans parler du torride été 2003. Aucun doute : le réchauffement global de la planète s’est accéléré de manière spectaculaire ces quinze dernières années. Un grand bouleversement qui commence à produire ses effets autour de nous, mais aussi au sommet de l’Himalaya et par 3’000 mètres de fond, dans le Pacifique. C’est une nouvelle réalité pour tous les habitants de la planète.

Un tiers de neige en moins

Le glacier d’Argentière immortalisé en 1860.

Le glacier d’Argentière immortalisé en 1860. Depuis vingt ans, la fonte de la plupart des glaciers alpins s’est dramatiquement accélérée.

En Suisse par exemple, il est prévu une augmentation globale de 2 à 5 °C d’ici la fin du siècle. Ce ne sont pas des écolos chevelus qui l’affirment, mais le dernier et très sérieux rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat mis sur pied par l’ONU en 1988. Avons-nous du souci à nous faire pour nos beaux hivers enneigés ? Oui.
Jusqu’à la fin des années quatre-vingt, les statistiques semblent plutôt rassurantes. Ils sont en moyenne quarante, les jours de neige dont on peut bénéficier chaque hiver à basse altitude. Mais en quinze ans, ce chiffre s’est réduit à vingt-sept. En d’autres termes, il tombe aujourd’hui autant de neige à 1’000 mètres d’altitude qu’il en tombait il y a vingt ans à 600 mètres. Pour les stations de sports d’hiver de moyenne montagne, c’est une véritable catastrophe

Des glaciers anémiques

En quinze ans, un tiers de neige en moins sur le Plateau. Et les glaciers alpins ont perdu près d’un tiers de leur volume. Les plus petits auront disparu dans quelques années. Quant au plus grand, le glacier d’Aletsch, il sera encore là à la fin du siècle même s’il recule en moyenne de 30 mètres chaque été.
Les campagnes seront de moins en moins blanches en hiver, mais il continuera à neiger en montagne... même tous les mois de l’année, si vous montez assez haut. En revanche, les dents de scie d’un extrême à l’autre risquent de s’accentuer. Il est possible qu’on assiste de plus en plus souvent à de grosses séries d’avalanches, comme en 1999.

Une secousse planétaire

Le climat évolue sans cesse. Ce qui est nouveau, c’est la rapidité du changement, provoquée par les quantités phénoménales de gaz à effet de serre que nous envoyons dans l’atmosphère. Pétrole, charbon et forêts tropicales : en quelques décennies, nous sommes en train de réduire en fumée des réserves de CO2 qui ont mis des centaines de millions d’années à se constituer. Pas étonnant que cela produise une secousse planétaire.
Une raison de plus pour déguster chaque flocon de neige comme un précieux cadeau.

« S’il neige avant la Toussaint, l’hiver s’est cassé la patte. » Botterens (FR)

Idées et accueil

© Robert Bolognesi

Quelques pistes pour conserver la clientèle en montagne sans canons à neige. Ce sont les petites stations de moyenne montagne qui souffrent le plus du réchauffement. Elles ont vu le nombre de journées skiables fondre d’au moins un quart ces vingt dernières années. Et ce n’est qu’un début.
Premier réflexe : le canon à neige. Un dispositif qui envoie dans l’air et sous pression de minuscules gouttelettes d’eau. Au moment où celles-ci touchent le sol, ce sont déjà des cristaux grâce à quelques additifs chimiques bien choisis.
La méthode est simple, mais aussi dévoreuse d’eau et d’énergie. Si on peut l’envisager dans des cas ponctuels, le recours systématique à cette technologie fait partie du délire général de notre époque. Ainsi certaines grandes stations des Alpes ont-elles installé plus de 700 canons…
Si le ski décline, pourquoi ne pas diversifier l’offre touristique pour conserver la clientèle hivernale et la fidéliser toute l’année ? Château-d’Oex et ses ballons, Ovronnaz et ses bains, Moléson et son observatoire astronomique, Verbier ou Morgins avec leur festival. Ces belles réussites montrent qu’il n’est pas interdit d’avoir des idées.
La station de Moléson est même allée jusqu’à transformer l’ancienne gare de la télécabine en théâtre. Chapeau !

Couverture de La Salamandre n°165

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 165
Décembre 2004 - Janvier 2005
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir