A l’ouest de Zanzibar

© Sylvain Leparoux

Pour une escale gourmande ou un long séjour, les vols de migrateurs en provenance d’Afrique s’intensifient. Le printemps fait de la maison un véritable terminal d’aéroport international.

Avatar de Jean-Philippe Paul
- Mis à jour le
Article d'origine par
  • Acteur principal: loriot d’Europe
  • Seconds rôles: vulcain, rougequeue à front blanc et paon de nuit
  • Sortie: 2 mai
  • Lieu de tournage: autour du verger
  • Genre: reportage

Journée noire sur les voies aériennes. Le grand chassé-croisé du printemps s’annonce. Des bosquets au verger en passant par le potager, les oiseaux font escale au jardin. Notre envoyé spécial est sur place.

Dernier vol pour Tallinn

11 avril: La douceur revenue sous nos latitudes sonne la fin des vacances d’hiver pour les touristes russes et scandinaves. Deux tarins des aulnes et un mâle fringant de pinson du Nord sont sur le départ. Ultime becquée de tournesol-kérosène au bar VIP, puis direction la salle d’embarquement au sommet du poirier. Dans l’espace duty free du verger, les deux voyageurs croisent une fauvette babillarde et un pouillot fitis. Ces derniers aussi ont pris leur billet pour la côte Baltique. Arrivés à l’aube, ils trouvent tout juste le temps de se régaler de chenilles d’hyponomeutes dans le pommier en fleur. Pour ces insectivores en transit, l’escale dure juste quelques heures. Ils reprennent bien vite une correspondance de nuit pour rejoindre Saint-Pétersbourg, Helsinki ou la capitale estonienne.

Maghreb Airlines N°1304

13 avril: Terrasse sud du jardin familial. Atterrissage en douceur du vol en provenance de Rabat, avec à son bord certains passagers partis de Côte d’Ivoire. Immanquable, le mâle de rougequeue à front blanc débarque avec sa veste orangée et sa casquette éclatante. Pour lui, le voyage s’arrête ici où il pose ses valises pour cinq mois. En attendant madame, dont l’arrivée est imminente, le saisonnier cherche un logement vacant en chantant. Malheureusement, le nichoir douillet de l’an passé est occupé par un couple de mésanges charbonnières sédentaires. Sur le toit, la rencontre avec le cousin rougequeue noir arrivé la veille du Midi par une ligne régionale est inévitable.

Un papillon vulcain apparaît à son tour sur le toit du cabanon. Il ne sait pas encore s’il va rester quelques jours pour faire la fête, ou prendre le prochain jet pour Bâle ? Le temps de se décider, l’élégant insecte s’offre un apéro de nectar dans une fleur d’aubépine. A ses côtés, un petit paon de nuit pond. Ce papillon nocturne, dont la famille a des origines tropicales, ne vit que quelques jours. Il ne connaîtra malheureusement jamais la terre de ses ancêtres.
Ah, voilà enfin le couple de fauvettes à tête noire. Et vas-y que je siffle à peine débarqué ! C’est parti pour quatre mois de flûte et de castagnettes au jardin. Autre roi de l’animation, le rossignol devrait arriver bientôt: il a décollé hier soir du Bénin.

Grains de sable

Il n’y a pas que les animaux qui voyagent. Qui n’a jamais découvert son mobilier extérieure recouvert d’une poussière ocre, voire rougeâtre ? Ce sont des particules de sable du Sahara, transportées à haute altitude par de forts vents du sud, puis retombées avec la pluie. Finalement, même la terre du jardin contient un peu d’Afrique!

Le club des +3000 miles

22 avril: Un long-courrier arrive du Malawi. L’hirondelle rustique affiche 7425 km au compteur. Toujours pleine d’énergie, elle poursuit sa danse aérienne devant la grange. La champêtre vient de passer l’hiver parmi les zèbres, côtoyant les faucons de l’Amour, ces autres invraisemblables globe-trotteurs venus de Russie orientale. N’est-ce pas extraordinaire que cette baroudeuse de quelques grammes relie ainsi le jardin qui l’a vu naître à des univers si lointains ?
Enfin, vêtu d’un manteau jaune vif et chaussé de lunettes noires, voici celui que l’on nomme abusivement loriot d’Europe. Sa ritournelle, pure bande-son de forêt tropicale, transporte l’auditoire dès la première note. Si par chance on l’aperçoit dans la canopée des frênes, le voyage sonore pour les rives de l’océan Indien est immédiat, sans même avoir à bouger de son potager.

Retrouvez l'intégralité du dossier "le jardin fait son cinéma".

Couverture de La Salamandre n°244

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 244
février - mars 2018
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir